‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 231 sur 922 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

nèrent sans doute l'hospitalité au seigneur de Montségur dans leur manoir de Monta^'crut où sur le matin, les chevaliers laissèrent souffler leurs chevaux. Il ne reste plus du vieux donjon que les racines des tours, et la trace de son fossé circulaire qui entoure, comme d'un collier, son mamelon conique où paissent les troupeaux.

De Montagut, Ramon de Pérelha prit vers le nord à travers le Podaguez. On appelait ainsi ce territoire montueux qui s'étend entre l'Arise et l'Ariége. C'est un amas confus et discordant de coteaux tourmentés, semblables à d'énormes vagues tumultueusement solidifiées pendant une tempête. Le sol argileux est tour à tour visqueux comme la poix, ou durci comme le plomb ; l'hiver, c'est un océan de boue ; l'été, de prairies et de moissons : au moyen âge, de landes et de forêts. De loin en loin sur les hauteurs apparaissent, entre les arbres, tels que des vaisseaux à l'ancre, les églises catholiques aux lourds clochers, les demeures féodales aux larges tours; et sur des mamelons dépouillés de bois, les moulins à vent aux longues ailes tournoyantes. Tel est le pays que parcourait Ramon de Pérelha : un écuyer du nom de Landric, dont le manoir se cachait dans les bois, le conduisait sur l'arête du coteau de Lermissa ; il traversa, au-dessous de Saint-Martin d'Oïdez, le ruisseau dont une lieue plus haut il avait vu l'humble origine à la fontaine de VEspinas, recouverte encore aujourd'hui de trois aubépines séculaires, et gravit par de rudes et raboteux chemins les collines vé^s Durfort, métropole chevaleresque de l'Albigisme dans le Pcda-

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guez. Le château de Durfort, carré avec des tours rondes aux angles, s*élève massivement, à l'extrémité occidentale d'une colline qui s'aiguise en éperon, à la jonction de deux combes profondes, aux lîerges abruptes et herbeuses protégé au levant par une large tranchée sur laquelle s'abaissait jun pontevis qui le reliait au hameau. Le châtelain de Durfort était seigneur d'Unzent, de Ganté, de Rodeilla, et coseigneur de Saverdun. Il possédait encore Bonnac, Avezac, et les pêcheries de l'Ariége jusqu'aux portes de Pamiers. La vénérable Faïs de Durfort, de la maison comtale, se convertit au catharisme, avec sa cousine Esclarmonde de Foix (1204). Peut-être vivait-elle encore à Montségur où elle s'était retirée deouis la croisade. Sicard de Durfort et Pons- Adhémar ses deux fils, non moins fervents, avaient mis, le premier son épée, le second sa lance et sa parole au service du Paraclet. Pons- Adhémar, chef de sa maison, avait dans son château, et dans ses guerres, les diacres Aguiller et Peyrota, et lui-même, orateur éloquent, se distinguait par une active et aventureuse propagande. Tous les châtelains des alentours, Jordan et Bernard de Marliac, Ramon de Justignac, Isarn de Saint Gabelle, venaient aux prédications de Durfort. Le sage Adhémar était le précepteur chevaleresque de son jeune parent Roger-Bernard de Foix. C'est dans ces murs que l'mfant adolescent écoutait les mystiques homélies des diacres albigeois ; et c'est dans ces vallons sauvages qu'il préludait dans ses chasses contre îles loups et les sangliers à ses prouesses héroïques contre les routiers, les ro-

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