LIVRE QUATRIÈME
mieux, et les hordes de la croix*. Ramon de Pérelha, coseigneur de Durfort , vint, sur le soir, attendre, chez ses cousins du Podaguez,la nuit qui devait amener le sacerdoce albigeois. Nous avons visité ce manoir d'une grande race romane dont les rameaux ont couvert toute la France. Reconstruit au XVI» siècle, il n'est plus aujourd'hui qu'un bâtiment rustique. Des canards nageaient dans son fossé bourbeux, et sur ses tours, encombrées de maïs, des pigeons roucoulaient tristement dans des meurtrières en forme de croix grecque : c'était la croix de Toulouse. Ce symbole héroïque décore la partie orientale qui conserve encore d'autres vestiges et du moyen âge et de l'albigisme. Les arcs qui se croisent en arête vive à la voûte d'une salle qui sert aujourd'hui de cellier, reposent aux quatre angles, â mi-hauteur du mur, sur des cariatides : deux têtes de chevaliers aux longs cheveux arrondis et renflés; et deux têtes de nonnes dont les guimpes encadrent étroitement la face éplorée : images de la chevalerie mondaine et du cénobitisme claustral, crucifiés dans le granit par le génie cathare, également ennemi du cloître et du monde 2. Ramon de Pérelha, à l'ombre tombante, remonta à cheval, pour rencontrer, non loin de là, les pieux proscrits. De ces hauteurs où finit le comté de Foix, il descendit par une pente abrupte vers Gaillac où commence le Toulousain. Gaillac, surnommé Tolosan ou Toulza pour le distinguer de Gaillac