‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 241 sur 922 · Biograph. du troubadour Ramon de Miraval · texte numérisé non relu

Biograph. du troubadour Ramon de Miraval

Itl

et leurs sœurs Orbria et N., diaconesses. Le catharisme en quelque sorte portait leur nom, tant il avait jeté des racines profondes dans leur cœur, dans leur cité et dans le sol albigeois : c'était comme un domaine religieux qui les consolait de la perte de leur domaine territorial ; et Guilhabert était par son «^ge, par son œuvre et par son autorité, le patriarche de la. Consolation d'Aquitaine. Son apostolat, qui s'ouvre historiquement avec le siècle, s'était illustré par trois œuvres éclatantes : la conversion d'Esclàrmonde et des princes de la maison de Foix, qui assurait à la cause des Purs ses plus héroïques défenseurs ; la fondation de Montségur, dont le rocher fut recueil de la croisade et le pivot de la résistance et de la victoire romane ; enfin, la formation du camp de Gastelbonoù sa bénédiction cimenta la conjuration des princes exilés à la tête desquels il redescendit des Pyrénées par le port de Salao, rentra dans Toulouse à côté de Ramon VI , et tint jusqu'au bout la campagne avec les barons, se mêlant, pontife pacifique, au choc des lances et au tumulte des batailles. Ce grand vieillard soutenant par sa présence, enflammant par sa parole l'enthousiasme du patriotisme pyrénéen , contribua puissamment au trépas de Simon , à la défaite d'Amauri , à l'expulsion des hordes du nord. Guilhabert fut le héros sacerdotal, et comme l'ange du Paraclet, dans cstte miraculeuse délivrance du Midi qui de nouveau succomba, hélas, écrasé dans sa victoire par le roi de France. Et maintenant, après la plus magnanime lutte et la plus infortunée , l'évêque septuagénaire ramenait une

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dernière fois le sacerdoce cathare à Montségur, sa forteresse, son sanctuaire et son sépulcre.

Ces grands proscrits marchèrent tout le jour au pas de leurs chevaux. De Saint-Jean-des-Verges où ils avaient repassé l'Ariége, laissant Varilles sur leur gauche, et à une lieue sur leur droite Foix, dont un repli de montagne dérobait le donjon aux trois tours, ils continuèrent leur route toujours au levant. Par les vallées profondes et les sentiers infréquentés de Lherm, de Leychert et de Rocafissada, ils arrivèrent sur le soir à Nalzen, que le comte de Toulouse venait de donner au comte de Foix. Ils évitèrent Pérelha,Lave]anet et Montferrier, occupés parles hommes d'armes de Gui II de Levis. Entre ces deux derniers bourgs, ils passèrent le gué tumultueux de Lectorier, où depuis, pour fermer cette issue , on construisit Villeneuve d'Olmés , maintenant noire et vieille de six cents ans. Ils gravirent la rampe septentrionale de Serralongue, dont la bêche entame aujourd'hui la base, mais qui naguère encore n'était qu'une lande inculte, inviolée, et qu'ombrageaient au moyen âge de grands hêtres et de vieux bouleaux. La lune se leva pour éclairer sous les bois leur ascension vers Montségur. C'est par ces mômes chemins, que vingttrois ans auparavant, Ramon de Pérelha conduisait le sacerdoce albigeois réuni à Lavelanet. Quelle différence entre cette première et cette seconde migration I Alors la patrie romane était vivante et tout entière encore avec ses princes, ses maisons chevaleresques, ses villes républicaines, ses libertés communales, ses cours d'amour, sa brillante civili-

sation, et ses poètes qui en étaient les organes mélodieux. Aujourd'hui, vingt ans de guerre et de massacres ont dévasté le Midi. La croisade, pareille à une trombe, Ta bouleversé. Un million d'hommes a péri; ses comtes ne sont plus; ses villes sont démantelées; ses bourgs réduits en cendres; ses châteaux occupés par des croisés ; ses peuples sont détruits ou fugitifs à l'étranger ou errants dans les forêts; ses troubadours pleurent éperdus sur les ruines de la patrie, comme des oiseaux gémissent désolés sur des décombres accumulés par l'ouragan. La France, solidement assise sur le rocher de Garcassonne, tient sa forte lance sur le cœur de Toulouse abattue, épuisée de sang, blessée à mort. Le roi capétien déchaîne contre elle deux monstres : la féodalité normande qui l'asservit, moribonde ; et l'inquisition romaine qui torture son agonie et qui dévorera son cadavre. Et l'Église du Consolateur, âme de cette nationalité romane, remonte une dernière fois sur Montségur. son calvaire, pour expirer sur la croix ou, comme son Christ idéal, s'évaporer dans la nuée.

Guilhabert de Castres, de la cime de Serralongue, aperçut enfin Montségur. La forteresse albigeoise apparaissait au fond d'une gorge comme sur un écueil foudroyé *. On eût dit, dans la vapeur, un gigantesque catafalque, dont la crénelure dentelait l'azur du ciel. Au-dessus de sa plate-forme, la lune flottait immobile comme une lampe funéraire. L'astre noc-

1. M-^e Nap. Peyrat, A travers le Moyen-Âge, Les ruines de Montségur.

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