‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 261 sur 922 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

son donjon de Foix, et à demi captif de ces deux lieutenants du roi de France.

Ainsi la Roche de Montségur, antique sanctuaire d'Abelan ou du soleil, devint, une seconde fois, la forteresse du Paraclet ou de l'Esprit. Après avoir repris possession du Thabor, et remis ce capitole sauvage de l'Église cathare et de l'insurrection romane, sous le patronage des comtes de Toulouse et de Foix, et sous la garde des barons pyrénéens, Guillabert de Castres ne fut plus occupé que de la reconstitution de sa hiérarchie. Du haut de sa montagne, il convoqua les évêques, les diacres et les parfaits du Midi. Ils s'ébranlèrent à la voix du patriarche pour former le synode de Montségur. Pendant que les Amis de Dieu se rendent de toutes parts vers la Roche sainte, remontons jusqu'aux origines du catharisme, recherchons son génie, son symbole, son évangile, et sachons pour quels principes religieux et politiques vont mourir les faidits du Thabor pyrénéen.

Le mystère enveloppe toutes les origines, celle de l'homme, celle du monde, celle du christianisme, cet autre univers moral. Le Christ lui-même opère dans un nuage lumineux ; et lorsqu'il a profondément enraciné le tronc divin , on en voit surgir, à travers une confuse végétation, trois grandes tiges mères : la branche juive et traditionnelle de saint Pierre; la branche grecque et dogmatique de saint Paul, et la branche orientale, platonicienne et mystique de saint Jean. Auquel de ces trois rameaux primitifs se rattachent les cathares? Evi-

demment au dernier, à Jean, fils de Zébédée, au disciple bien-aimé du Sauveur.

Moïse descendit des nuées tonnantes du Sinaï, tenant les tables de la loi; le Christ, remontant dans la gloire, ne laisse que son Verbe au monde. Le Verbe se condense dans un évangile primordial. Ce Protévangile hébreu se fragmente en quatre évangiles grecs qui se pulvérisent en une multitude de légendes évangéliques rédigées dans tous les idiomes de l'orient *. Chaque nation possède sa biographie de Jésus : chaque secte modifie à son idée l'image du Christ. Les Juifs le proclament fils d'Abraham; les Grecs le déclarent fils de l'Homme, et font remonter son origine jusqu'à Adam ; mais les Orientaux suppriment toute généalogie humaine, et ne voient en lui que le Verbe, le Fils de Dieu. Le Christ a aussi sa mythologie. L'Église rejette cette folle et stérile végétation de légendes apocryphes : elle ne conserve que les quatre évangiles à Vhomme, au lion, au taureau, et à Vaigle. Le concile de Nioée les déclare seuls orthodoxes. Mais la source de ces quatre fleuves, l'exemplaire unique et originel, le Protévangile a disparu. « Matthieu, dit un évêque du iv® siècle, a écrit pour les Hébreux, Marc pour les Romains, Luc pour les Hellènes, et Jean pour tous les peuples de l'univers ^.» On voit, par ces paroles, dans quelle estime était tenu l'évangile de saint Jean. Mais Grégoire de Nazianze s'exprime comme un grec asiatique,

1. M. le professeur Nicolas, de Montauban : Études sur les évangiles apocryphes.

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