LIVRE CINQUIÈME II
beau-frère d'Arnauld-Roger de Mirepois^ cousin dt Ramon de Perella, et qui demeurait tantôt à Cuella, et tantôt à Montservat au-dessus de Foix. L'autre sœur, Guillelmetta, ou Metta du Mas de Saint- Andréo, était la femme du chevalier Bernard de Quiders son cousin, fils d'Ava, sœur du vieux Gui-Capde-Porc. Elle donna cinq fils à son mari ; mais ellt le perdit jeune encore, ainsi que le dernier de ses enfants, le petit Ot ou Odet, qui Tun et Tautre moururent consolés. Metta, restée veuve, se voua au Consolateur, et lui consacra ses quatre fils survivants, Bernard, Ramon, Bertrand, et Jordan. Jordan épousa Dias de Laura de la grande maison de Cab-Aret, et par là se trouvait le cousin d'Othon d'Aniort, seigneur de Laurac. Mais en vrai cathare, Jordan, outre cette épouse légitime, avait une aga^ pète spirituelle, une amante mystique, Baïona, sœur ou fille du jongleur du troubadour Ramon de Miraval, dévouée aux Amis de Dieu. Ces chevaliers de Quiders, comme les Cap-de-Porc, leurs cousins, portaient une haine de juriste aux prêtres, aux moines, aux inquisiteurs. Quelques années auparavant, une réunion nocturne avait eu lieu dans l'atelier d'un nommé Pierre Gaouta (joue). Un clerc tonsuré, Pierre Ramon Frosat, y vint fureter clandestinement. Le malheureux espion lut découvert tapi dans un coin. Ce traître mérite-t-il de vivre, s'écria l'impétueux Gaouta, brandissant un poignard. Ne le tuez pas, dit Bernard de Quiders, mais qu'on me l'amène ici. Le forçant de courber la tête, il urina sur sa tonsure, et le renvoya avec ce baptême d'ignominie. Cela fut fait^ disait le piteux Frosat
il'
Ih , I
Si LES ALBIGEOIS ET L'INQUISITION
aux inquisiteurs, au grand opprobre et vitupère de toute r Église catholique *. Car chose bizarre, reconnaissant envers le chevalier qui avait voulu, par cet atroce affront, sauver le traître et flétrir son sacerdoce, le misérable se convertit à l'Albigéisme et c'est pour se faire pardonner son hérésie, que vingt ans plus tard, cité parles inquisiteurs, il cherche honteusement à se prévaloir de son impur et ridicule martyre. Les Recaud, les Ganastbru, les Malhorgas, les Lapassa, les Nolasco, toute la chevalerie du Mas dut accompagner son patriarche. Tout le baronnage du comté de Foix fut représenté à Montségur dans son principal faisceau, les douze rameaux des fils de Bélissen; et la maison comtale y figura dans le pieux et valeureux Loup de Foix, peut-être par le comte lui-même, mais dérobé toujours sous un
nuage.
Dès que tous les Amis de Dieu furent réunis à Montségur, Guillabert de Castres s'occupa de la réorganisation du sacerdoce albigeois. Le Christ s'était choisi douze apôtres : c'est le nombre générateur de la hiérarchie cathare en Orient comme en Occident. En Orient, au ii® siècle, le mage Cubricos, qui s'était donné pour l'Oint du Paraclet, s'était entouré de douze élus, qui formaient comme son conclave messianique. Et au XII* siècle, en Occident, Éon de l'Étoile, l'hérésiarque d'Armorique, Pons, l'évêque du Périgord, et le pape des Bogomiles du Danube, ont également
1. Inq. de Toulouse, dép. de P. R. Frosat, du Mas- Saintes-Puelles, juillet 1246.