‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 294 sur 922 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

et qui, par son feuillage odorant et par sa fleur médicinale^ semblait être le gracieux et poétique symbole de Rissenda.

HOSPICES. - ÉCOLES. - MÉDECINS. - CBIRUGIKN DE MONTSÉGUR.

Le synode, en même temps que le diaconat, réoro-anisa les hospices de Montségur. À la tête de ces hospices était la grande Esclarmonde de Foix. La vicomtesse, trente ans auparavant, les avait fondés à Pamiers, d'où, fugitifs devant la croisade, ils s'étaient transportés du Castellar à Montségur. Ces maisons recevaient des vieillards, des blessés, les mutilés de la guerre, et l'immense tribu des orphelins de la croisade. La croisade avait, en se retirant comme une marée sanglante, laissé le sol encombré de débris humains. Pendant les vmgt ans de l'invasion, ces débris avaient été recueillis a Montségur. Montségur fut l'hospice général du Midi: hospice aérien*, mystérieux et sauvage et dont Esclarmonde, les matrones romanes, les diaconesses cathares, qui soignaient les blessures des héros et les plaies de la patrie, sur une cime inaccessible, étaient comme les anges descendus du ciel. Le Christ était apparu aux Amis de Dieu surtout sous la forme d'un céleste médecin. L'immortel cura-

1 Ce mot, qui revient si souvent, est caractéristique de la " topographie pyrénéenne : Airos, Auriac, Rocairol, Rocaïran, Mas-aïrolas, Albo-aïrenca.

II '

teur venait guérir le péché, le cancer du monde. Les évoques n'étaient que des thérapeutes spirituels, et leurs maisons, que les hospices de Tâme. Montségur fut donc une sorte d'Épidaure du Paraclet. De tous les points de Thorizon, des pèlerins arrivaient en foule pour être guéris de leurs maladies morales. Ils gravissaient lentement les longues et sinueuses rampes de la montagne des Purs, Les grottes, les cabanes des évêques étaient autant d'édicules qui renfermaient les piscines saintes. Les étrangers prenaient part aux agapes, recevaient le pain, le vin consacrés, et, rite souverain, le baiser de paix, qui communiquait le saint Esprit. Et ils s'en retournaient consolés, par une parole du céleste amour, plus encore que par le rite sacerdotal .

LesAmis de Dieu, à l'exemple du Christ, enmênje temps que docteurs étaient médecins, et menaient de front l'hygiène et la théologie. Cette chair qu'ils macéraient en eux-mêmes, ils en tenaient grand compte en autrui, et la soignaient avec le plus tendre et le plus miséricordieux amour, pendant qu'en principe ils la déclaraient mauvaise, c'està-dire, pleine d'inanité et de néant. Comme les Esséniens juifs, comme les Barbes Vaudois, les diacres albigeois cultivaient la médecine. Ou l'étudiaient-ils? Ce n'est point à Montpellier, ville trop catholique et trop romaine. Ils la recevaient des ^ Juifs et des Arabes, à moins que la tradition n'en vînt de la Grèce et de l'Orient. Il y avait donc une espèce d'école médicale à Montségur, école élémentaire, primitive, errante comme toutes les autres, en plein vent et en plein soleil, et dont les li-

Page 1