Hist. de Lang. T. VI. L. 25. Add. Du Mège
LIVHE SIXIÈME
castillane, d'origine Gothe , mais profondément transformée par l'esprit romain. Son nom germanique (Gut-man) aussi bien que son prénom latin (Dominicus) semblent une ironie amére, une raillerie cruelle à l'humanité , au catharisme et au Christ. Dominique était, dans le sang, castillan et romain. Juana d'Aza, sa mère, vit en songe, selon la légende, qu'elle enfanterait un chien. Le môme rêve était arrivé à la mère de saint Bernard. Mais le vaillant chien des Gaules devait être blanc, et taché de fauve, emblème de pureté et de courage. Le chien farouche de Castille, blanc aussi, mais • tigré de noir *, selon la rigoureuse exactitude du symbole, portait une torche ardente à la gueule. Le chien est le plus inquisiteur de tous les animaux. Dominique éventera et relancera les ennemis de Rome. Il usera contre eux de la gueule, c'est-à-dire de la voix et des dents, mais encore de la torche, c'est-à-dire du bûcher. Tout Dominique est dans ce symbole. Le Castillan devait être un homme d'action, d'investigation profonde, de parole guerroyante, de lutte sanglante et tragique. C'est le christianisme espagnol constamment aux prises ' avec l'islamisme occidental et contractant dans une guerre sans merci le fond du tempérament africain.
i. Fresque de Santa-Maria-Novella. Des chiens tachetés de noir et de blanc étranglent les hérétiques. Le peintre avant le professeur avait traduit le nom de l'ordre. De là, Domini canis, chien du Seigneur." AUégorie commune au moyen âge, et reconnue par tous les auteurs. Cours de M. Taiiie. Débats, 17 mars 1865.
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Voué dès sa naissance au sacerdoce, après avoir étudié la théologie dans l'université de Palencia, il devint chanoine de la cathédrale d'Osma, et l'ami de révoque don Diego de Azévédo.Ce prélat, chargé par le roi de Castille de négocier le mariage d'un infant avec une princesse allemande, se mit en route vers le Nord, accompagné de Dominique, son conseil et son verbe. Cette embassade d'origine matrimoniale devait aboutir à l'asservissement, à l'extermination d'un peuple. Les deux Espagnols, arrêtés en chemin par la mort de la princesse, se dirigent vers Rome. Innocent III, le plus impérieux des papes, occupait le trône pontifical. Ils lui peignent le catharisme triomphant, dans Toulouse, la Septimanie, la Provence, sur les deux versants des Pyrénées et des Alpes. Le Pontife les renvoie dans la Gaule comme précurseurs de la croisade. Dominique avait sondé les deux plaies de l'Église romaine. L'ascétisme la rongeait au désert, la mondanité l'énervait dans le siècle. Il fallait la ramener dans le siècle en lui faisant fouler aux pieds le monde. C'est ainsi qu'agissait le johannisme; c'est par là qu'il triomphait de Rome. Dominique résolut de triompher à son tour de l'Albigisme par ses propres armes : le renoncement et la prédication. Pauvreté et Lumière^, était le cri universel au moyen-àge contre Rome vêtue de poupre et le front ceint de ténèbres.
L'évêque et le chanoine d'Osma repassent les Alpes. A Montpellier, ils rencontrent les trois légats romains, Raoul, Pierre de Castelnau. et Arnauld-