‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 357 sur 922 · Guilh. dePuil. ch · texte numérisé non relu

Guilh. dePuil. ch

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manoirs paternels, n'ont d'abri, que l'ombrage des bois et la voûte du ciel. Ce dernier article comprenait en masse les proscrits de Montségur.

Tel fut le programme de l'Inquisition, et le signal de cette chasse aux Amis de Dieu. Aussitôt, de Toulouse, de Garcassonne et d'Albi, sièges du terrible tribunal, avec ses décrets et ses agents, l'épouvante passa comme un nuage surle Midi. Les Pyrénées en frissonnèrent, le soleil en devint pale, le ciel et la terre s'associaient aux douleurs de l'humanité*. On investit les villages; on envahit les maisons, les bercails; on fouille les caves, les cavernes, les forêts; on redemande aux sépulcres les ossements ; on corrompt, on fait mentir la mort. On ameute, après les fugitifs, comme des chiens affamés, les passions les plus abjectes et les plus féroces, les cupidités, les fanatismes, les envies, les haines implaiîables, les impitoyables peurs, multipliées dans une guerre plus que civile d'un quart de siècle. Alors on vit, comme aux plus mauvais jours de Rome impériale, le fils trahir son vieux père, la fille livrer sa vieille mère, les parents oublier le fruit de leurs entrailles. Une religion dénaturée dénouait tous les liens de la nature. Les inquisiteurs, dans leurs interrogatoires s'abandonnaient aux caprices les plus fantasques d'une subtilité savante et barbare. A l'un, ils offrent un aliment, et sur l'acceptation ou le refus de l'accusé, ils le déclarent cathohque ou cathare : une

1. Il y eut des tremblements de terre, et deux éclipses de soleil (1-^37) que Ton ne manqua pas de prendre pour des signes de la colère de Dieu.

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iSO LES ALBIGEOIS ET L'INQUISITION

goutte de lait repoussée envoie à la mort. A l'autre, ils présentent un coq ou un ramier vivant et l'on verse le sang d'un homme qui n'a pas voulu répandre le sang d'un oiseau. A un troisième, ils posent le dilemme suivant non moins indécent que captieux. — Par le pouvoir de qui la femme engendre-t-elle, est-ce par le pouvoir de l'homme ou par la verta de Dieu. Si le suspect répondait que c'est par le pouvoir de l'homme, tu vois bien, s'écriait le moine farouche, que tu es hérétique, car les cathares prétendent que l'homme est engendré par l'homme et parle diable I Si l'inculpé, tremblant et troublé, se reprenait en disant que c'est par la vertu de Dieu : Donc, ajoutait le dominicain terrible, tu prétend que Dieu couche avec les femmes : Va, tu n*es qu'un abominable hérétique.Et l'effroyable dilemme refermait sa double serre sur l'infortuné devenu inexorablement la proie de ce tragique sophiste*. Les consuls, défenseurs de la liberté et de l'humanité contre les inquisiteurs, s'efforcèrent de calmer d'abord l'effroi, puis la fureur des populations. Ilsfirent courir de bourg en bourg le mot d'ordre de n'opposer que le silence et la dénégation aux longs et captieux interrogatoires des dominicains. Aussi ces terribles juges, en arrivant dans les communes, furent-ils étonnés d'en trouver les habitants concertés et silencieux. Ils ne purent rien obtenir des citoyens de Castelnaudari. Ils ne furent pas plus heureux, a ce qu'il semble, à Garcassonne.Ils avaient notamment cité à leur tribunal les Fils dlmpéria, héritiers des deux puissantes maisons romanes

i. Ménard, 174. ConsuL Naib. Consulib. Nem.

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