LIVRE SIXIÈME fsi
d'Aniort et de Laurac*. Le légat avait dépêché le plus subtil et le plus retors de ses inquisiteurs, le frère Guilhem Arnauld pour envelopper dans ses filets ces fiers seigneurs pyrénéens. Le roi convoitait leurs châteaux des sources de l'Aude pour placer des garnisons françaises sur cette frontière catalane. Ils étaient accusés du meurtre du sénéchal André de Chauvet. Les fils étaient, disait-on, croyants, et leur mère diaconesse de rÉo-Iise du Paraclet. A ce redoutable appel, la vieille Esclarmonde de Laurac, matrone hautaine, irritée, encore toute endolorie, après vingt ans, du sort tragique de sa sœur Geralda de Lavaur et de son frère Améric de Montréal, descendit à Garcassonne, comme une Cornélie féodale, escortée de ses quatre fils, Othon, Gérald, Guilhem et Ramon d'Aniort. Le frère Arnauld ne put arracher que d'insignifiants aveux de ces rusés chefs des montagnes. Le moine, furieux, crut se dédommager sur la vieille Esclarmonde qu'il supposait être une parfaite cathare. Pour la convaincre, il fit apporter des viandes et lui ordonna d'en manger, la dévorant elle-même de son regard d'oiseau de proie. Esclarmonde en mangea : on crut que c'était par crainte de la mort : c'est peu probable quand on connaît sa fierté. Quoi qu'il en soit, le farouche Arnauld dut, pour cette fois, relâcher les nobles enfants d'Impéria, mais pour les ressaisir bientôt, car leurs châteaux de Gerdagne étaient nécessaires au roi de France 2. Ge système de déguisement et de dénégation ta-