Baluz. Conc. Narb
LE PAPE ROMPT LES NÉCOCIATIOHS , ET DONNE LA CROISADE AU ROI DE FRANCE. — BLANCHE DE CASTILLE ET LE CARDINAL ROMAIN DE SAINT- AlfGE. — CONCILE DE BOURGES. — PARLEMENT DE PARIS. •— LOUIS V!ll A LA TÊTE DE CENT MILLE CROISÉS, MARCHE SUR LE MIDI.
Dans ce double synode de Montpellier, tout le monde rusait, déguisait, jusqu'au notaire qui en a falsifié les actes. Les nobles princes se trompaient eux-mêmes; l'archevêque trompait le pape; le pape trompait le synode. Les deux partis cherchaient à gagner du temps : les comtes pour guérir les blessui'es du Midi, le pontife pour mieux les frapper et les foudroyer. De là ces délais, ces réticences, ces mystères. Le vieux primat qui trahissait fut trahi. Par qui? par ses suffragants regagnés par le pape ; par son propre coadjuteur, le fougueux Pierre-Amiel, probablement vendu au roi de France; peut-être encore par son ennemi le vicomte de Narbonne, parent des Marly, et dévoué aux Capétiens. Cette réconciliation imprévue effraya Louis VIIL Ce monarque résolut de prévenir, auprès d'Honorius, l'ambassade romane par une ambassade française formée des plus âpres adversaires du primat de Septimanie et du comte de Toulouse.
Les Français et les Provençaux arrivèrent presque à la fois dans Rome, et devant la chaire de
saint Pierre. Louis VIII ne voulait plus, disait-il naguère, s'occuper de l'Albigeois, et voilà qu'il intrigue pour le comté de Montfort; qu'il l'oppose au comte de Toulouse dont tout à l'heure il semblait défendre les intérêts contre les usurpations du saint-siége. Ce qu'il poursuit au fond , c'est l'abdication d'Amaury, c'est la spoliation de Ramon VII, c'est la reconnaissance des titres carlovingiens et mérovingiens des rois de France. Le chef de l'ambassade était ce même archevêque de Bourges que Louis VIII avait demandé pour légat de l'expédition royale*. C'était, qu'on le remarque bien, le primat de la première province conquise par les rois de France au sud de la Loire ; le Volusien de ce nouveau Clovis qui, comme son prédécesseur de Tours, avait livré les clefs du fleuve, pour marcher contre un nouvel Alaric. Il espérait, sans doute, acquérir en Aquitaine de larges bénéfices, et peut-être même comme l'autre, en salaire de sa trahison, et sans passer parle martyre, obtenir la canonisation de Rome, et l'invocation des Méridionaux vaincus, et contraints , en signe de servitude, à l'adoration de leurs bourreaux francs et romains. Le choix du cortège de l'archevêque n'était pas moins significatif; son chef laïque était Gui de Montfort; c'était le frère, le lieutenant, et comme l'ombre du héros et du martyr de la croisade. Gui abandonnait son neveu : il avait transigé avec le roi ; avec l'aide du monarque, il espérait reconquérir Castres, Saint-Antonin,