Rymers, t. I, 274. — Raynald., annol
ses domaines méridionaux. Par là, il substituait sa branche à la tige de Simon son frère, et leur maison, déchue de la principauté totale, en conserverait une partielle mais imposante encore et glorieuse dans l'Albigeois. Gui de Môntfort et l'archevêque de Bourges relevèrent au Vatican la cause du roi de France ; ils furent fortement soutenus par les évéques du Nord et du Sud, ceux du Midi surtout, et celui de Toulouse en tête, glapissant comme des vautours déplumés, quand on leur arrachait leurs lambeaux des spoliations de la croisade. Rome instinctivement est pour la force et Tunité : elle abandonna aisément ces petits princes de montagne, affaiblis, divisés, soumis à des républiques, ennemis des monastères, protecteurs des hérétiques, et cent fois excommuniés; elle prit, pour son chevalier et son vengeur, le grand monarque des Gaules , fier sans doute, exigeant même, mais orthodoxe, et défenseur traditionnel de TÉglise romaine, depuis Clovis et Charlemagne.
Ces évêques rendirent aux deux synodes de Montpellier leur caractère dénaturé par le notaire clérical qui avait posé les princes victorieux dans l'attitude de vaincus et de suppliants. Ils taxèrent d'indulgence le primat de Septimanie, et ses suffragants de connivence avec les comtes. Ils déclarèrent au pape que les princes qu'on prétendait avoir signé leur soumission au saint- siège et l'expulsion des hérétiques , en étaient si éloignés que Ramon VII avait eu l'audace de réclamer la liberté de conscience sans laquelle nulle réconciliation n'était possible avec l'Église romaine. Calomnie atroce,
s'écrie un honnête et docte Bénédictin * ; mais, selon nous, revendication généreuse , très-vraisemblable, quoiqu'un peu hardie, dans la bouche de Ramon VII, mais toute naturelle lorsqu'on la rend aux lèvres éloquentes et guerrières du comte de Foix, le conseiller des deux autres princes : trèsvraie en ce qu'elle peint exactement l'état religieux de ces petites cours romanes où, bien que le catholicisme restât le culte officiel, toute croyance était admise et même tout scepticisme : très-réelle donc puisqu'elle était nécessaire à la pacification des esprits à moins qu'à la tolérance on ne préférât l'exclusion, la terreur, la paix de la mort. Voilà certainement la pensée de ces nobles princes, et le débat magnanime des synodes de Montpellier où fut revendiquée une dernière fois la liberté de conscience que Rome allait étoufiTer pour six siècles *. Rome, un instant indécise, n'hésite plus. Elle cède à sa nature, à ses instincts, à ses principes dominateurs. Elle choisit la guerre, l'extermination. C'est du sein de ces ténèbres, de ce chaos sanglant d'intrigues cléricales, féodales et royales, que surgit tout à coup, dans une lueur sinistre, la mâle et farouche figure de Blanche de Castille. Blanche domine toute cette histoire qu'elle rend si grande et si tragique. Arrêtons-nous un instant pour considérer cette haute et superbe reine, d'origine à la fois espagnole, poitevine, normande, et pourtant éminemment française.