M. Adolphe Gairigou : Le payt de SauU et de Donnexan
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ALBIGEOIS RÉFUGIÉS Z^ ESPAGNE. - CONQOÊTES DES ILKS BALÉAREg, 1229.
L'Espagne, depuis l'irruption de la croisade, était le refuge des Méridionaux, accoutumés à revenir constamment dans cet antique berceau de la race ibère. Après la bataille de Muret oh périt le roi d'Aragon, et où les comtes pyrénéens furent vaincus, les vallées sauvages de Pallars et d'Andorra recueillirent leurs débris sanglants et fugitifs. Un champ d'asile se forma sur le contrefort de Castelbon dont l'arête sépare au-dessus d'Urgel les cours de la Balira et de la Noguéra catalane. Enfin, après le traité de Paris qui confirmait la conquête, et scellait irrévocablement la spoliation, les peuples expulsés sans retour de leurs cités et de leurs châteaux paternels recommencèrent leur émigration vers la Catalogne et l' Aragon. A leur tête était, nous l'avons vu, le jeune Roger, vicomte dépossédé de Carcassonne. Roger, cet héroïque orphelin, était par son indigne mère, Agnès * de Montpellier, cousin germain de don Jaïcmé, roi d'Aragon. Il conduisit son armée de faidits au jeune monarque espagnol qui, par son éducation, sa naissance et sa
1. Agnès était fille illégitime de Guilhem IX, comte de Montpellier.
race antique, appartenait à la langue d'oc et se posait comme le représentant couronné de' la nationalité romane.
Don Jaïcmé «, roi d'Aragon, était fils de donPedro II qui périt à Muret, et de dona Maria, infante et héritière unique de Montpellier. Cette fille de Guilhem IX et d'Eudoxie Comnène était une princesse laide, triste, obscure, superstitieuse mais avidement recherchée, à cause de son magnifique héritage, par les comtes du Midi Après Barrai, vicomte de Marseille, son premier mari, le grand comte de Gommenges l'obtint et malgré son dégoût, en eut des filles, puis il la répudia. Le brillant roi don Pedro, désireux d'unir le territoire de Montpellier aux domaines de sa maison qui, par cette enclave considérable, s'étendaient le long du littoral depuis les bouches de l'Ebre jusqu'à celles du Var, épousa l'infante veuve et répudiée, et bientôt après s'éloigna d'elle avec horreur sans en avoir d'enfant. Mais un jour que le roi troubadour revint dans sa nouvelle comté les consuls de MontpelUer, aflligés. au dire des chroniqueurs, de l'extinction imminente de la race de leurs souverains, supplièrent le monarque de voir la reine. Don Pedro daigna y consentir, par amour pour ses peuples, et, neuf mois après, le bel infant don Jaïcmé naquit dans le palais de ses aïeux maternels, à Montpellier (1208). Après la bataille de Muret où elle avait ses deux époux vivants, et après la ruine du Midi à laquelle elle concourut, au