Ibid
leur vengeur futur. Mais au lieu de les ramener, comme ils l'espéraient, dans leurs terres natales, il les conduisait à la conquête des îles musulmanes. Il versait leur sang pour l'agrandissement de l'Espagne et l'extension du pouvoir de Rome. La délivrance de Toulouse et de Garcassonne n'était-elle pas plus sainte que celle de cet archipel africain? Les Baléares avaient été peuplées de faidits dont l'expoliation venait d'être irrévocablement confirmée par le traité de Paris (1229). Bientôt après l'établissement de l'inquisition dominicaine poussa vers l' Aragon de nouvelles troupes de fuo-itifs encore plus meurtris et plus efî'arés. Ces proscrits s'organisèrent, à ce qu'il semble , en chevaliers sauvages. C'était un rameau non pas inférieur, mais plus aventureux, de la chevalerie errante. Sa mission spéciale était la délivrance des dames opprimées. Les guerres religieuses avaient beaucoup multiplié les beautés captives ou délaissées. La Catalogne et l' Aragon étaient remplis de vierges fugitives ''et de veuves sans asile. De cette infortune sortit une transformation de la Chevalerie sauvage qui de sentimentale devint religieuse et comme une phalange du Paraclet. Le roi d'Aragon proscrivit cette milice romanesque des forêts* (1236) et pour désencombrer ses terres, et faire servir ses hôtes importuns à ses projets ambitieux, l'habile et belliqueux monarque résolut la conquête du royaume maure de Valence. Nolasco, cette fois encore, fut son précurseur : il explora pacifiquement le terrain de ses conquêtes.