Guil. le Breton. Ph. Mouskes
Sous le nom d'Honorius, régnait à Rome le cardinal Ugolin, cousin d'Innocent III. Ugolia a deviné Blanche, Blanche a pressenti Ugolin, et la mémoire de Dominique, autant que la conformité du génie, unit la pupille et le compagnon du missionnaire castillan. Rome a rappelé Conrad, le légat vaincu : elle l'envoie en mission en Angleterre. Déjà son successeur, plus jeune et plus hardi, est en route pour les Gaules. Elle n'a point oublié dans le choix de ce nonce qu'une femme, une Espagnole tient le sceptre de France. Ce proconsul romain arrive à Paris, et, d'accord avec la reine, écarte définitivement le triste Amaury, offre au roi la conquête albigeoise, etTinvsstit de cette terre hérétique au nom du Christ. Louis, que des craintes et des scrupules retiennent encore, accepte enfin sous la triple pression du légat qui parle au nom du ciel, de la reine qui montre la monarchie étendue jusqu'aux Pyrénées, et des barons de France qui brûlent de prendre leur revanche des revers de la croisade. Il ne s'agit plus que d'assembler un parlement et un synode pour donner, à ces arrangements secrets, une consécration publique et solennelle.
Le pape convoque un concile à Bourges, au sud de la Loire, sur la première province romane conquise par la France, et qui va décider de l'usurpation du dernier lambeau de l'Aquitaine. Arnauld- Amalric, archevêque de Narbonne, devait y assister àla tête des évêques de Septimanie. Il devaity soutenir le comte Ramon et défendre la cause méridionale réconciliée avec l'église romaine. Mais, au moment de partir, il reçut une autre convocation, et d'un plus
grand Maître. Dieu le priva de cet honneur : aussi bien la bouche qui avait ordonné le massacre de Béziers n'était pas digne de sauver les restes de la nationalité romane. La mort valait mieux qu'un tel salut. Une telle gloire voulait des lèvres loyales et chevaleresques. Son retour vers le comte et le peuple martyr ne fut chez lui ni pitié, ni remords, ni généreux patriotisme, mais calcul cupide, orgueil sacerdotal, ambition cénobitique, et horreur de voir la monarchie capétienne monopoliser les profits et les crimes de la croisade. Le farouche vieillard, sentant la mort venir, quitta Narbonne où il était détesté; il se retira dans l'abbaye de Fonfrède à laquelle il légua ses livres, son armure et son palefroi de bataille *. Deuxmois, jour pour jour, avant le concile de Bourges qui l'eût réprouvé, ce grand coupable fut appelé au tribunal de Dieu où l'attendait pour Taccuser un million de martyrs (29 sept. 1225). Il craignit de laisser ses os dans le midi, et Fonfrède les rendit à Citeaux d'où le sombre cénobite était sorti comme l'ange exterminateur. Cîteaux lui éleva un mausolée superbe, décoré et ciselé de tous les ravages de la croisade. On y trouve pourtant un épisode héroïque : c'est la bataille de Las-Navas où le destructeur de Béziers, accourant au secours des rois espagnols, combattit vaillamment et refoula l'invasion des Almoravides africains. Son fanatisme monastique repoussait à la fois de la catholicité le sensualisme musulman et la spiritualité cathare. Vers la fin, il fut l'ennemi