Muntaner, Chron. dels reys d'Arajo
su LES ALBIGEOIS ET L'INQUISITION
Maria del Puech, imitant Charlemagne qui consolidait ses conquêtes par des forteresses cénobitiques. Nolasco reconnaissant, lui prophétisa, de la part de Dieu, la prise prochaine de Valence; et sur cet oracle, le vainqueur de la Huerta parut sous les murs de la métropole de ce Verger des Aménités de l'Espagne. Valence crut revoir la figure guerrière et les prouesses chevaleresques du Gid, son héros populaire. Enfin le roi prit Valence et rendit grâces à Dieu de ses victoires dans la plus grande mosquée, convertie en cathédrale, sous le nom de Saint- André •, par le belliqueux Pierre- Amiel, archevêque de Narbonne. Le Conquistador distribua àsescompagnonsdes villes, des villages, des châteaux, des vallons, des torrents, les lambeaux de ce jardin immense, dépecé par son épée comme l'avait été naguère l'archipel baléare. II continua sa marche victorieuse le long de la plage j usqu'à Elche entre Alicante et Murcie et ne s'arrêta que devant la forêt de palmiers qui lui révélait
l'Afrique.
Les vainqueurs y fondèrent Carcaxient, Carser, Carlet, Tarbena, Bocairant, Gastels, Mixent, Alpera, Bu^ol, Alacant *. Ces noms me révèlent la patrie des conquérants. Ils étaient du Roussillon, du Garcassez, de Gascogne, du pays de Foix. Leur langue
1. Pourquoi Saint- André? Ne serait-ce pas parce que Nolasco était de la maison de Saint-André? On mettait Valence sous le patronage du saint promoteur de l'expédition aragonalse.
2. Carcassez, Gazeras, Cariât, Tarba, Bocairan, Castels, Maixent, Albéra, Bagnol, Alcante.
n;était pas celle de Montpellier et de Narbonne Le
dialec evalenciendériveévidemmentdesPy éi^^^^ L habile m mêla les Albigeois aux Maures pour S contemr les uns par les autres, de sorte que ces vmages aquitains s'élevèrent parmi des bourgade arabes qui portent encore de nos jours les noms de Alménara, Alcantara, Albaïda, Bénimeli rLT masot, Béniarbech, Bénimarful * '°™'''' ^^^^-
qui arrêtaient le conquérant politique n'arrêtèrent e conquérant religieux. Nolasco îembLTua Lj cette mer inhospitalière et vogua vers l'Ifrique comme pour montrer à don JaiLé, aux roT espal gnols,à ses compagnons de laMerci lebutde leurs conquêtes futures, dans cette Afrique, mère de monstres. Il aborde à Alger, il va chercheras chré tiens captifs dans les basses-fosses des BaSet
pirates. L argent venant à lui manquer, il revient
Té^T^Z: ^'''''''- '^ ^^"^^ '"i veut iS périr I embarque sur une vieille tartane démâtée
sans voiles m gouvernail et l'abandonne aux values' dans une tempête. Mais Dieu, dit la légende caîma I orage, et le Saint, faisant met de son cL et M
^evLt na,!^rf '■ " '''^'y^ ^^ rançon, mais ne revint pas en Afrique, et ne quitta plus son monas tere de Barcelone où il mourut, la nSit deNoën^S un peu plus âgé que le siècle. '
Ni Rome, ni l'Espagne guerrière et fanatique, ni la croisade féroce et monstrueuse n'ont porté, dans leurs dures et tragiques entrailles, cet ange de la charité des mers et des bagnes. Nolasco est fils d'un sang et d'un ciel plus clément, un fils de la douce terre romane et de la tendre église du Paraclet. Nous avons déduit logiquement sa filiation historique. Au surplus, sa légende en laisse indirectement échapper l'aveu symbolique. Nolasco n'était jamais allé à Rome ; jamais il ne s'agenouilla au sépulcre du Prince des Apôtres. Un jour, il vit apparaître devant lui le terrible Porte-clefs : « Puisque tu n'es pas venu me voir, lui dit-il sévèrement, je viens te chercher. » L'Église romaine est venue chercher Nolasco, et l'a enlevé à l'Église du Consolateur. Par l'origine comme par le génie, la Consolation estlamère de la Merci. La chevalerie cathare exilée pouvait seule enfanter la chevalerie errante du martyre et de la clémence des mers. Rome s'est approprié Nolasco, dont elle a dénaturé l'histoire et enveloppé la figure d'un nuage et d'une auréole. Le chevalier albigeois, devenu un saint catholique, est invoqué sous le nom de saint Pierre Nolasque. C'est ainsi que Rome s'appropriera plus tard le mystérieux auteur de la Consolation Jnternelle, une autre colombe éclose, ou le reconnaît bien à son gémissement, sous les parois en ruine du Paraclet.