‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 413 sur 922 · Ma 1. Sa:i '., Vj'PJc à Maijaque · texte numérisé non relu

Ma 1. Sa:i '., Vj'PJc à Maijaque

les Cotaner, dont le nom est le même avec une racine celtique, rappellent les Montagnes Noires, leur berceau. Les Delpech, les Delpuig, étaient de Pechnautier des seigneurs de Cab-Aret, du clan des enfants de Nos. Evidemment, voilà les compagnons deRogerdeCarcassonne. Leurs armoiries indiquent a même descendance pyrénéenne. Les Garri (Grands) au nom ibère, ont dans leur blason trois tours d argent. Les Cos (montagne), au nom celtique, ont un ours d'or, couronné d'un lis d'or Et les Bonpart, au nom roman et cathare, ont avec le hon un aigle noir, l'aigle Johannite en deuil planant dans un ciel d'étoiles. Ces noms sont communs à 1 archipel et au littoral espagnol. Mais ici les origines n éclatent pas seulement dans les écussons cest encore dans le sang qu'elles étincellent, et dans esprit des peuples «. Les Catalans, même es Valenciens, malgré leur mélange mauresque, ont le teint blond et le caractère indépendant des races septentrionales. On sait combien ces provinces romanes, si vives, si actives, si entreprenantes, si antipathiques au lent et hautain génie castillan se sont impatiemment résignées au joug de plomb! et plus difficilement incorporées à la monarchie théocratique de Charles-Quint. C'est par ces provinces orientales que la monastique et ténébreuse Espagne respire encore, avec les brises de la mer quelques rayons de lumière et de liberté qui sont comme le souffle précurseur du Christ.

1. En effet, Prim, Balaguer, Soler, Figuéras, Castellar, sont des noms albigeois. Les descendants des exilés dû xm. siècle viennent de détrôner les Capétiens d'Espagne.

A côté de Nolasco, dont l'image apostolique erre sur les grèves de Barcelone et de Valence, une autre grande figure plus originale, plus philosophique, et plus chevaleresque, plane sur l'archipel Baléare et regarde aussi l'Afrique. Sur la flotte catalane que montait le jeune conquistador faisant voile vers les îles musulmanes, et dans son escorte de faidits albigeois, se trouvait un chevalier du nom de LuUio (L'oli, L'olio) *. Ce chevalier, quelle que soit son origine, s'établit à Mayorque, et cinq ou six ans après son arrivée dans sa nouvelle patrie (1235) eut un fils auquel il donna le nom de Ramon, en souvenir probablement de son infortuné seigneur le comte de Toulouse. Cet enfant, né, peutêtre, d'une femme arabe et d'un père cathare, eut de sa double race, de son archipel, et du voisinage de l'Afrique, un esprit vif, ardent, mais singulier, hasardeux, intempérant, cosmopolite, chevaleresque à la fois et oriental. Son éducation nous apprend que les faidits albigeois avaient transporté leur civilisation romane dans l'archipel Baléare. Le jeune Ramon Lulle honore principalement trois choses : le cheval, la science et Tamour; leur réunion forme, selon lui, l'idéal chevaleresque. Cet insulaire avant tout est chevalier : il aime le cheval et non le vaisseau, et non la mer. Il prête une dignité à ce noble animal. Il est à ses yeux le

1. Les Espagnols disent Lullio, du roman oli, olivo, oliver. Probablement de l'oUvier du Mas^aintes-Puelles. Alors Luîuo serait parent de Nolasco, branche de Saint-André- CaïHie-Porc.

symbole non de la guerre, mais du commandement. Le vilain humilie le coursier, et le lâche fait affront au palefroi. La monture du lâche c'est l'âne. Le chevalier a le glaive pour la justice, et le cheval pour la souveraineté. Ce n'est pas qu'il méprise le vilain et le marchand : leurs professions sont les plus nécessaires à la société. Il veut les protéger, mais n réserve le gouvernement à l'intelligence et à la valeur. Son idéal, c'est qu'un bon clerc et un bon chevalier s'unissent pour gouverner le monde*. Cette part faite à l'intelligence trahit la race romane. Lulle est le chevalier de la pensée : la science devient un élément de la noblesse. Lulle sort de son île : il paraît aux tournois d Aragon et de Castille. Mais il recherche surtout les écoles juives et arabes de Cordoue. Ce sont ses champs clos scientifiques et il rompt plus d'une lance contre les mollas et les rabbins. Esprit encyclopédique il cultiva toutes les sciences de son temps : philosophie, théologie, médecine, chimie, astrologie, et les langues orientales. Il méditait une somme des sciences de son siècle dont il tentait de réduire les éléments tumultueux à l'unité, pour le triomphe de la foi chrétienne, lui penseur indiscipliné, esprit insulaire, frondeur baléare.

Lulle est un chevalier errant de la science, et même un chevalier sauvage du sentiment, car le sceau de la perfection chevaleresque ce n'est pas la science, c'est l'amour. Il a l'âme trop tendre,

1. Ramondi Lulli Opéra : Libri PhiL Metaphis, Générales artium.

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et l'esprit trop ingénieux, pour n'être pas poëte. Selon les mœurs romanes importées dans l'archipel, il a son dualisme conjugal, et à côté de l'épouse, est l'amante idéale. Cette dame de ses pensées est une jeune matrone mayorquine, d'une grâce délicate et d'une beauté languissante, comme une fleur sur un tombeau. La mélancolique insulaire, après une longue résistance, lui dit, un jour, qu'elle cédait à son amoureux désir, et se découvrant la poitrine, lui montra son sein rongé par un cancer, et son cœur dévoré par la mort ; son cœur, mais non son amour qui, se dérobant au mal par le trépas, allait revivre dans le ciel. La jeune baléare expira bientôt après et Lulle inconsolable se retira dans sa pénitence et sa douleur sur la montagne de Ronda, une des cimes de l'île. Là il vit avec ses regrets, il pleure son amour et son péché, il assoupit son âme dans la piété, dans l'étude et la poésie : il chante morte celle qu'il célébra tant de fois vivante, et dont le fantôme le poursuit sur ses rochers, dans ses bois de pins, au bord de la mer *. Dans ses tendres et funèbres extases le Christ cinq fois lui apparut cloué sur sa croix. Le divin crucitié le reçut comme son chevalier. Un pasteur mystérieux vint le consacrer au service du Christ. Est-ce Nolasco, son compatriote, peut-être son parent, dans tous les cas son consanguin par l'âme? Ramon rêve la chevalerie de la science comme Pierre la chevalerie de la charité. Il veut délivrer l'Orient, et reconquérir le saint Tombeau, mais par la parole.

1. Ramondi LuUi Opéra. Libri Var. art. Medicinœ, Juris utrituque .

LuUe est prédicateur selon le génie cathare. Fils des exi es albigeois, il a en horreur les croisades de 1 épée II tente la conquête de l'islamisme par la croisadede l'esprit*. 11 invente le ^ranrf arr, laloc.^ que umverselle, machine dialectique, en^in de guerre avec lequel il renversera toutes les forteresses de l'Islam. Dans cette pensée, Lulle quittera son lie ; il ira trouver le roi de Mayorque â Perni! gnan, et ce roi, époux d'une Esclarmonde de Foix

d'il'nt' r r^^'°'^^"^^^ ^^ '^'^^^ moines étu: dieront la langue arabe. Il parcourra TEurope demandant aux rois, demandant aux papes de créer des chaires de langues orientales. Il if obtint rien de Bo^^^^^ VIII, rien de Philippe le Bel. Le pon^ tite, et le monarque, tout entiers à leur querelle n entendent pas le pacifique rêveur baléare. Mais le concile de Vienne, composé, chose remarquable, devêques méridionaux sous l'impulsion de la pal paute d Avignon, accueille les plans de ce Lan^ue-

lt?r ^^^P^^^' '^ ^^''^^' l'enseignement de 1 hébreu de 1 arabe et des langues orientales (1312) Béja Lulle, donnant l'exemple, était allé dans le Levant : il s'était rendu en Chypre et de là dans la petite Arménie. Il apprenait sans doute le ^ec et guerroyait contre les Hellènes schismatiques, et'les Syriens mahométans. Il devait couronner sa longue et aventureuse carrière par une expédition exclusivement dirigée contre l'islamisme africain. Le vieillard octogénaire descend sur les côtes barbaresques; comme dans les écoles de Cordoue il dispute sur les places d'Oran et d'Alger ; mais il est 1. Ram. Lui. Op. Libri spiritmîes, prœdicabiles .

II!''

lapidé par la populace maure, et reporté mourant sur un vaisseau, expire eu revoyant les cimes de l'archipel baléare**

C'est réternel honneur de l'émigration romane en Aragon d'avoir produit ces deux frères, Pierre* Nolasco, et Ramon Lulle, le héros de la charité et le héros de la sience. Nolasco, et sa chevalerie monastique des plages, et ses pieux écumeurs des mers et des havres barbaresques, ont rempli le moyen âge des- miracles de fe Rédemption, Gomme Pierre devançait le Conquistador sur les terres musulmanes, ainsi Tordre de la Merci a préparé l'établissement^définitif de l'Espagne et de la France sur les côtes d'Afrique. Mais l'Europe, en s'emparant du littoral, et par le refoulement de l'islamisme dans le désert,.a mis lin à l'œuvre héroïque et sainte de Nolasco. La mission de Lulle, impossible au moyen âge, commence où finit celle de Nolasco, et va remplir les temps modernes. Au moine succède le laïque, le voyageur, le chevalier quittant l'épée pour la parole, le croisé pacifique de la science et de la civilisation. Cet insulaire cosmopolite, original et presque hérétique de l'âge féodal, est l'explorateur et le civilisateur des siècles nouveaux : de nos jours, il s'appelle Cook, Humboldt, Livingstone. Par la fondation des chaires des langues, i Lulle ouvre le monde hébreu et grec, et prépare la réformation de Luther; par l'Europe protestante, elle enveloppe et pénètre le monde arabe, et en-

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