Mad. Sand, Voy , à Mayorque
chons à déterminer , à l'aide du langage , de quels cantons albigeois est sortie la majorité de l'émicyration, nous trouvons que c'est des Pyrénées, entre la Neste et le Salât, car c'est là que nous découvrons la souche antique du roman mallorquin. Voici un débris de ballade également compris sur les bords de la Garonne et de la Guadalaviar, une ronde que les jeunes insulaires dansent au bord de la mer.
Sas 4 allô las tots es diumenges Quan ho tenen res mes que fer Ban a regar es cravelher Dihent li : beu jà que no menjes I
« Les fillettes tous les dimanches, quand elles ne savent plus que faire, vont arroser le violier et lui disent : bois si tu né manges. » Hélas, ces belles insulaires ne savent guère autrej chose qu'arroser leur giroflée I Le Valencien est railleur et facétieux comme le Gascon si nous en jugeons par la Donsaïna^ recueil périodique de vers et de prose burlesque, ayant pour enseigne un petit magot battant un tambour suspendu à la queue d'un singe jouant de la flûte rustique.
1. Sas pour las, du latin ipsas et illas; deux ou trois mots espagnols et quelque archaïsme ; voilà après six cents ans, toute la différence entre les deux dialectes. Les filles de la Haute-Garonne chanteraient aujourd'hui : -
Las hillotas toutes dimenges Quan no saben res mes que fer Ban a rosar ech clavaris, Ll disen : beu jà que no mènjes.
Un théâtre, des journaux, une littérature provençale existent pourtant encore à Valence, à Alicante, à Palma, à Mahon. De l'anîhipel baléare, la langue romane a suivi la conquête aragonaise jusqu'en Sardaigne,dant elle a modifié le dialecte italien. Le Sarde indique, dans son idiome liguro-mallorquin, aux syllabes pleines et sonores, 5tt campo de sas Vendettas^. S'il faut des -vengeances au Sarde, ainsi qu'au Baléare et au Valencien, qu'ils se ressouviennent donc de leurs ancêtres, les faidits et les martyrs albigeois I
L'inquisition qui, de son regard de Gorgone, n'a pu dévorer Barcelone ni Valence, a desséché l'archipel Baléare. Ses îles sont presque désertes; la terre à peu près inculte, le peuple à demi barbare. De son génie primitif, il ne lui reste que sa harpe devenue sauvage. Le langage est provençal, le type et le cœur sont africains. Assis sous des palmiers, il chante des paroles romanes sur des airs arabes; on danse, au bord de la mer, au sourd bourdonnement du tambour de basque, les boléros mauresques. Palma conserve encore, dans sa bibliothèque, le portrait gothique de don Jaïcmé, le conquistador. Cette image royale et cet idiome vulgaire, voilà tout ce qui reste, dans ces nés, de la conquête cathare. Les soldats de Napoléon, du champ de bataille de Baylen, furent déportés sur oes écueils inhospitaliers. Ces Français du Midi, surpris non moins qu'émus d'entendre résonner leur doux idiome maternel sur des lèvres
barbaresques, purent se dire en mourant : Nos pères ont donc conquis cet archipel Baléare! Exilés, ils ont pleuré comme nous au bord de cette mer d'Afrique K
ALBIGEOIS BÉFUGIÉS EN ITAUE. — LE TROUBADOUR CUILHEM FIGUETRA8.
Mais dès que les Albigeois se furent aperçus que le jeune roi don Jaïcmé, l'Éliacin du catharisme, infidèle à la politique chevaleresque de son père, le martyr de Muret, n'était plus qu'un monarque ambitieux, le soldat couronné de l'Espagne, et le glaive de Rome contre l'islamisme, ils cessèrent de chercher un refuge incertain en Aragon. L'émigration prit son cours vers les Alpes. L'église d'Aquitaine était la fille et comme la succursale de réglise d'Italie. Elle trouvait un asile plus assuré dans sa métropole transalpine. Elle se dispersait dans les cités lombardes, oii, grâce aux institutions républicaines, et surtout aux luttes de l'Empereur contre la papauté, l'église cathare était florissante et, pour ainsi dire, tout entière encore. Peut-être les fugitifs y étaient-ils attirés par l'Empereur lui-même : c'était le fameux Frédéric II, un poète, un esprit multiple, un génie cosmopolite, infiniment propre à opérer la fusion des