‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 507 sur 922 · LIVRE NEUYJÉME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUYJÉME

vement, c'était moins un évêque de Christ qu'un chef de malandrins. Pourtant, il avait à l'exemple d'Arnauld-Amalric, son fameux prédécesseur, conduit vaillamment l'ost narbonnais contre les Maures d'Espagne. Nous l'avons vu concourir glorieusement à la conquête du royaume de Valence, et il a sa strophe éclatante dans l'épopée du conquistador d'Aragon. Et maintenant il vient, comme légat du pape dans l'ost catholique du Thabor, assister à l'assaut de cette Roche fameuse qui, seule dans le monde, ose tenir tête au Vatican.

Le sénéchal revint sur son Aire, et l'évêque d'Albi à sa tour de bois. L'énorme machine, comme un serpent engourdi qui se réveille au rayon de février, se remit en mouvement sur la neige. Il s'agissait de gravir, aux trois quarts de la berge, et par une gorge en zigzac, un dernier redan qui la surplombait, et sur le roc duquel sa base eût conquis une assiette solide au niveau même de la barbacane de l'ouest. C'est en défendant ce défilé tortueux et tourmenté qu'avait péri Jordanet du Mas, et c'est là que s'accumuleront les efforts furieux des combattants. Cette ascension laborieuse, sur une berge penchante et disputée, ne put s'effectuer qu'au milieu d'un tourbillon d'assaillants, d'une nuée de flèches, et d'une tempête de rochers lancés par les balistes de Montségur *. L'histoire a beau se taire; la montagne raconte elle-même' sa guerre de géant, les pierres jonchent encore le sol.

1. Mad. Nap. Peyrat : A travers le moyen âge, excursion à Montségur,

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comme les débris d'une carrière abandonnée, ou comme une grêle d'aérolithes. Dans cet ouragan de rocs, roulaient en bourdonnant dans Tair, pareils à des bombes, des pots d'argile sphérique, d'où jaillissaient, en éclatant, contre la tour de bois, des flots d'huile fumante, de résine liquide, et de feu grégeois. Les assiégés exécutaient des sorties nocturnes, pour seconder l'incendie, et réduire en cendre la tour gigantesque qui se fût écroulée dans Tabîme avec tous ses soldats brûlés dans leurs coquilles d*airain.

Dans ces assauts furieux, plusieurs chevaliers albigeois tombèrent mortellement blessés, et de ce nombre Guilhem de l'Ile, de Fanjaus. Il sortait d'un rameau collatéral de la maison de l'Ile Jourdain, transplanté dans le Lauragais, et conséquemment était parent des maisons de Foix et de Toulouse. Un frère de son père, nommé Guilhem comme lui, résidait à Mirepois . Les j ohanni tes , expulsés de cette ville par le maréchal, se cachaient dans la grotte de Gabanac*. Ils étaient sept ou huit dans ce rocher. Le vieux chevalier y visitait les Amis de Dieu. Un jour, il y conduisit Pierre de Léran, un chevalier médecin ainsi nommé de son bourg natal, et de son château paternel, usurpés par Gui de Levis, et situés sur les bords de l'Ers. Le medje saigna trois de ces diacres, soit pour raison de maladie, soit par mesure d'hygiène ascétique. Les saints convertirent le jeune homme et le vieillard. Guilhem de l'Ile fut brûlé quelque temps après à Toulouse, et fut l'une

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