LIVRE NEUVIÈME
pour les laïques la prison, et pour les ministres le bûcher. Pierre-Roger était un de ces hommes audacieux et rusés qui se tirent avec avantage des situations désespérées où d'autres ne sauraient que mourir magnanimement. Il exigea qu'on lui laissât l'or et l'argent, les armes, les meubles et tous les biens accumulés dans Montségur, d'où il sortirait accompagné de son ingénieur et de son chirurgien*. Le sénéchal lui fit cette concession, qu'il obtint, on aime à le penser, du consentement des évêques et des chevaliers, heureux, dans leur infortune, de conserver à la cause patriotique ses richesses et son invincible chef. Quant à eux, ils étaient prêts pour la mort et les fers. Il eût été possible à quelques-uns de s'évader, à tous d'échapper au supplice par un volontaire trépas. Il n'avaient qu'à s'élancer des créneaux dans l'Abès, fosse immense qui eût été le tombeau de cinq cents cadavres. Le suicide était sinon autorisé, du moins toléré par les doctrines des albigeois, dont la mansuétude se réservait, pour le suprême instant, ce recours stoïque. Les défenseurs de Montségur s'y refusèrent unanimement : ils voulurent laisser un grand crime de plus à leurs bourreaux et un noble exemple de plus au monde. Gela convenu, Pierre- Roger répondit au sénéchal que le château lui serait livré au lever du soleil.