LIVRE DIXIÈME î
lèrent les rôtisseurs dominicains. Or, c'est dans ce Tartare, gardé par les deux cerbères qui la nuit Jetaient dans les vents leurs aboiements funèbres, que furent parqués les nobles captifs de Montségur.
Que de souvenirs gracieux et déchirants pour Ramon de Perelha. Son cachot est situé entre le château vicomtal, au nord, et l'église de Saint- Nazaire au midi. C'est dans ce manoir qu'il fut élevé avec le jeune vicomte Ramon-Roger, aux Jours 011 Aladaïs deCarcassonne, assise sous l'orme vicomtal, présidait, sur le préau dentelé d'arcades romanes, aux jeux des chevaliers et des troubadours ! Et c'est dans les cryptes de Saint-Nazaire que repose, sans sépulture »et sans honneur, la dépouille ignorée de l'héroïque Ramon-Roger, à côté de la tombe magnifique où dormit quelque temps son bourreau, l'affreux Montfort, dans la chapelle de Saint-Croix, où veille à perpétuité une lampe funéraire offerte par Louis Vlll, roi de France *. La désolation et la ruine ont passé sur ce manoir, cette basilique, cette cité où les conquéz^ants régnent aujourd'hui d'accord avec un sacerdoce farouche qui a détruit le maître légitime, dépouillé l'orphelin au berceau, et met tous les jours à mort les défenseurs de l'indépendance méridionale.
Les captifs de Montségur ne tardèrent pas à être appelés devant le terrible tribunal. Pierre-Amiel, archevêque de Narbonne, le présidait : Durand, évêque d'Albi, Clarin, évêque de Carcassonne, et d'autres prélats siégeaient à ses côtés. Les frères