‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 556 sur 922 · Fauriel, Hist, de la poésie provençale^ IIL · texte numérisé non relu

Fauriel, Hist, de la poésie provençale^ IIL

UVRE DIXIÈME 47

plus que le dialecte incorrect des pâtres et des bouviers. Sa voix qui, parlamusique et la poésie, ravissait le monde, deviendra rustique et ne se mêlera plus qu'au mugissement des troupeaux. Reine et prêtresse de l'esprit elle est condamnée au servage de la matière. Quel est son crime? Elle a voulu répandre la lumière, divulguer les choses du ciel, révéler les mystères de Dieu. Le comte Ramon se rendit deux fois â Lyon; il figura dans cette cour romaine, et aux solennités du concile, comme un des grands vassaux réconciliés du Saint-Siège. L'aveugle et malheureux prince assista à l'excommunication de l'empereur, son bienfaiteur et son suzerain, et sollicita de conduire les limiers de l'inquisition, et les chasses aux cathares contre ses sujets et ses défenseurs *.

Déchaînés parle Pontife et le concile, les inquisiteurs reprennent avec fureur leur œuvre d'extermination. Ils sortent de Toulouse, de Carcassonne, d'Albi. Ils parcourent l'Albigeois, le Lauragais, le Carcassez. Ils vont de bourg en bourg. Ils dressent sur la place centrale leur terrible tribunal. Et d'abord apparaît le prêtre de la paroisse. Il est l'accusateur légal, le dénonciateur officiel. Il a dressé la liste de proscription : il la remet aux juges, et les juges chargent de son exécution le héraut de l'inquisition. Autour du tribunal errent, en attendant, les non cités, les espions, les délateurs, la meute des traîtres au regard perçant, au flair subtil, et les piqueurs qui savent les pistes, les

1, G de Puilaurens, ch. xlvh.

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fi LES ALBIGEOIS ET L'INQUISITION

gfteè, les tanières du gibier humain, et qui ont dressé des chiens pour cette chasse aux cathares, comme les Espagnols, plus tard, en dresseront pour la chasse aux Indiens dans les forêts de l'Amérique *. Cependant le héraut, escorté de ses archers, parcourt le bourg épouvanté, s'arrêtant à chaque carrefour, et convoquant le peuple aux sons lugubres de son cor. Il lit à haute voix les noms des inculpés et les envoie devant la cour. Mais beaucoup se sont dérobés. On se met à la recherche des contumaces. On va de quartier en quartier, de rue en rue, de porte en porte; on fouille les maisons de la cave au galetas. On en découvre dans les granges, dans les étables. On traîne devant les juges ces récalcitrants. Mais le plus grand nombre s'est enfui dans les bois. Car qui n'était pas coupable? qui n'était pas suspect ou convaincu? qui n'était pas hérétique ou patriote? qui n'avait pas, d'une manière ou d'une autre, combattu le roi de France ou l'Église romaine ? qui n'avait pas un père ou une mère, un frère ou une soeur, un parent, un ami parmi les faidits, errant dans les forêts, réfugié en Espagne ou en Lombardie? Ces fugitifs pouvaient devenir des chefs de bandes dangereux. Des camps pouvaient se former dans les déserts. Aux archers se joignirent les traqueurs, aux mouchards les dogues ; et les chasseurs d'hommes avec leurs meutes dressées à la proie humaine commencèrent leurs battues dans les forêts des Pyrénées,

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