LIVRE ONZIÈME
par le vent avait fait frisonner les populations provençales. On remarquera que les comtes s'étaient bien gardés de débarquer à Marseille. Aix, Avignon, Marseille avaient tenté de s'organiser en républiques indépendantes, et de repousser les Capétiens. Vers les Pyrénées le comte de Foix n'avait point paru à la prestation du serment des grands vassaux. Il existe une charte de lui avec cette date singulière : Lorsquil n'y avait plus de comte. Après la mort de Ramon VII, refusait-il de reconnaître Alphonse? C'était tout au moins une irrévérence envers la maison royale. Quoi qu'il en soit, les sénéchaux français continrent et ré primèrent ces velléités d'indépendance romane. Ce fut moins une insurrection qu'une joie vengeresse et menaçante du désastre de Rome et de la France en Orient. Cependant Avignon persista sous la conduite de son puissant podestat, Barrai de Baux. Débarqués àAiguemortes les princes, à travers ce vain frémissementprovençal, remontèrent les bords du Rhône et se rendirent d'abord à Lyon, auprès du pape Innocent IV, puis à Paris, auprès de la reine Blanche deCastille, enfin à Londres, auprès du roi d'Angleterre, pour que Henri III marchât en personne à la défense des lieux saints. Puis les deux princes repassant la Manche et redescendant le Rhône vinrent dompter l'indépendance républicaine d'Avignon. L'héroïque cité dut transiger, accepta le viguier commun des deux comtes, mais obtint l'exemption des tailles et des péages, et conserva les coutumes, les justices et les libertés de ses citoyens. Cet accord fut passé au château de Beaucaire (7 mai 1251) en présence
fi LES ALBIGEOIS ET L'INQUISITION
du sénéchal Odard de Villars, des seigneurs français et provençaux, et de plusieurs évêques entre lesquels Zoen, évêque d'Avignon, qui sollicita les deux princes d'extirper l'hérésie de la cité et du comtat. Il est surtout ici question des Vaudois des Alpes*.
De Beaucaire Alphonse et Joana se dirigèrent vers Toulouse. Il n*est pas dit que dans ce voyage, non plus qu'à son départ pour la Terre sainte, ni à son retour d'Egypte et de Syrie, l'infante ait revu sa mère dona Sancha d'Aragon. L'infortunée princesse avait dû s'éteindre obscurément dans son exil du château de Padernas, en Provence. Le nuage dont elle couvrit ses derniers jours voile aussi sa mort et son tombeau. Co n'est qu'une ombre silencieuse et mélancolique. Joana, quelques jours après, fit son entrée solennelle dans Toulouse, sa métropole, et dans le Gastel-Narbonnais, son berceau (23 mai). Elle en était absente depuis vingt-deux ans; elle rentrait comme une étrangère dans la ville et le palais de ses aïeux. Elle en avait sans doute oublié la langue. Au lieu du roman mélodieux elle parlait l'aigre picard, le normand nasillard de Paris. Elle était française et capétienne. Alphonse et Jehanne reçurent au Gastel- Narbonnais l'hommage des- vingt- quatre consuls de la ville et du bourg. Puis, ils se rendirent au Gapduel ou Capitole, et jurèrent, sur les évangiles, de maintenir les coutumes, privilèges et libertés de la grande cité romane* (28 mai). Le même jour,