LIVRE ONZIÈME
ils réunirent vingt jurisconsultes célèbres, parmi lesquels Gui Fulcodi, le futur pape , qui, sous la présidence du chancelier Pons d'Astoaud, déclarèrent frauduleux le testament de Ramon VII. Ces deux actes devaient les rendre populaires. La cupidité capétienne avait été sans doute mise sur la voie par l'indignation patriotique et vengeresse de Ramon d'Alfaro, et du grand ministre Sicard d'Alaman. Toutefois les légistes n'arguèrent que de défauts de forme; ils n'invoquèrent pas les deux grands vices de fond, le subornement des confesseurs et la démence du prince. Quelle preuve plus évidente que son testament même : il léguait son bien à ceux qui l'avaient rendu fou. Ses derniers actes ne sont empreints que d'imbécillité sénile et de fanatisme furieux. Depuis trois ans ce tragique chasseur faisait traquer et étrangler son peuple par ses chiens. Dernièrement encore il avait fait brûler deux cents croyants, renouvelant sur le gravier d'Agen l'horreur du bûcher de Montségur. Maintenant il déshéritait ses enfants, et léguait ses trésors à ses ennemis, à ses bourreaux. Le testament était la consécration de la croisade spoliatrice et de la dévorante inquisition. Tel est le dernier acte de ce pauvre Hamlet pyrénéen. Alphonse et Jehanne révoquèrent donc, sans impiété filiale, cet acte impie et dénaturé. Mais les évêques et les monastères s'étaient hâtés de s'emparer de ces dépouilles et n'avaient pas attendu que les héritiers naturels fussent revenus d'Orient. Les princes furent doncobligés de batailler contre ces harpies pour leur faire rendre gorge et leur arracher leurs terres.
leurs bijoux et leurs troupeaux. L'abbesse de Fontevrault eut pour sa part à restituer cinq mille marcs d'argent et les joyaux de la maison de Toulouse. Puis ils en jetèrent pourtant quelques lambeaux à leurs glapissements *.
Alphonse et Joana qui avaient, en arrivant, traversé la partie orientale de leurs États, en visitèrent la région occidentale, recevant de ville en ville rhommage des barons, des consuls, des populations. Ils se retirèrent par le nord et la vallée, insoumise jusque-là, mais désormais pacifique, et d'autant plus gracieuse de rAveyron. A Montauban, ils virent descendre de leurs rochers deux faidits illustres, dont la soumission annonçait la fin de la résistance patriotique, les valeureux Bernard et Olivier de Penne. Ils avaient résisté pendant vingt-deux ans aux prières du comte, aux menaces du roi de France, aux assauts des sénéchaux français. Ramon VII étant mort ils crurent avoir assez fait pour la patrie romane, et n'attendirent pour se soumettre que l'arrivée de l'infante Joana. C'est à Montauban que les acax héroïques frères vinrent fléchir le genou devant la comtesse et son mari capétien 2. Le camp de la Grésigne avait résisté dix ans de plus que le camp de Nore, sept ans de plus que leThabor pyrénéen. Montségur était véritablement un camp national et sacerdotal. Hautpoul et Penne n'étaient que deux familles héroïques. Montségur ne se rendit