‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 604 sur 922 · LIVRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIÈME

jamais que pour le martyre. Penne, qui avait fléchi un instant sous Montfort, se soumit enfin pour toujours à la domination française. Mais il a cette gloire unique d'avoir été la dernière cime de l'indépendance romane, ou, pour parler son langage héroïque, d'avoir volé plus longtemps et plus haut dans le ciel de la liberté.

Bernard et Olivier de Penne ne se soumirent pas seulement avec leur épée et leur palefroi. Ils livrèrent à Alphonse leur invincible Roche ibère. Ils n'en conservèrent plus que le glorieux nom, et reçurent en échange les domaines obscurs de Cestaïrols et d'Ambialet. Ces fiefs ne paraissant pas suffisants, Alphonse assura encore aux deux illustres frères une rente annuelle de cent livres en compensation de la perte de leur forteresse. Le comte et la comtesse visitèrent leur jeune cousin, Bertran II de Toulouse, vicomte de Bruniquel ; ils gravirent la spirale de la Roche glorieuse qui leur soumettait l'orageux et ferrugineux corridor de l'Aveyron, et reçurent dans son colossal donjon aérien l'hommage de tous les barons de l'Albigeois, du Quercy et du Rouergue. Achevons l'histoire de Penne qui va sombrer dans la nuit des siècles. Alphonse y établit un sénéchal français. Plus tard il y déposa les archives féodales du Toulouse. La Roche inexpugnable qui avait le mieux défendu ses droits parut la plus digne d'avoir en sa garde les titres de la conquête capétienne. Dans leur trajet de Toulouse à Paris, nos chartes se sont reposées à Penne. Penne fut un cartulaire de granit dans les nuées. C'est une halte

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de rhistoire. Elle y succéda à la poésie. Penne avait perdu sans doute alors le vicomte Jordan de Saint Antonin, son gracieux troubadour. Le poète chevalier avait rejoint dans la tombe sa mystique amante*, Aladaïs de Penne. Leurs amoureuses cendres gisent dans quelque grotte aérienne de TAveyron. Mais sur les ruines colossales de Penne leur mélodieux amour répand un parfum céleste*.

SICARD d'aLAMAN.— BLANCHE DECASTILLE FAIT RENDRE GORGE AUX EVÊQUIS. — LUTTE DU SÉNÉCHAL DE CARCASSONNB CONTRE l'ÉVÉQUE D'aLBI, DU TICOHTI ALMARIC CONTRE L' ARCHEVÊQUE DE NARBONNE. — LES FAIDITS DES BOIS ET LES FORTERESSES ROYALES. — MORT DE BLANCHE DE CASTILLB.

Par les portes de fer de l'Aveyron, Alphonse et Joana regagnèrent la France .Ils visitèrent de halte en halte, Bruniquel, Saint-Antonin, Najac, La Guépie, Peyrusse, ces merveilleux donjons, dont Penne est le roi, qui décoraient de leur splendeur chevaleresque, et qui décorent encore de leurs ruines féodales les sombres dentelures du gracieux fleuve. Ils s'éloignèrent par le Rouergue et TAuvergne, laissant le gouvernement du Widi à Sicard d'Alaman, Thabile ministre de Ramon VII, avec le titre de vice-gérant et de sénéchal général de Toulouse^. Sicard

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