‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 605 sur 922 · LIVRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIÈME

était le chef d'une race albigeoise du Lauragais. Il avait soutenu Montségar, soutenu probablement aussi Penne. Il avait été fidèle jusqu'au dernier instant à la patrie romane. Mais contraint de céder au génie de la France, il s'était donné à Blanche de Castille. C'était le Sully de Ramon VII, un de ces hommes sagaces plus qu'héroïques qui ne meurent pas avec les vaincus, mais qui transigent avec les vainqueurs, qui ne sont pas faits pour être les martyrs, mais les réparateurs et les consolateurs de leur patrie esclave. Blanche de Castille eut le bonheur de s'attacher deux illustres transfuges du catharisme, Olivier de Termes et Sicard d'Alaman : Olivier la gloire des guerres d'Orient, Sicard le pacificateur des troubles d'Occident. La royauté se servira du sénéchal général de Toulouse et du grand baron des Corbières pour réprimer les pillages et, s'il le faut, dompter les révoltes des évêques. La révocation du testament de Raraon VII fut comme la déclaration de guerre, l'ouverture des hostilités contre le clergé régulier et séculier, et^ le premier frappé fut le rédacteur secret de ce testament même, Durand, évêque d'Albi.

C'était Texpugnateur de Montségur, le balistaire catholique auquel, nous l'avons vu, Sicard d'Alaman opposa le balistaire patriote Bertran de la Bacalaria. Sicard, seigneur du château de Castelnau de Bonafos, en Albigeois, avait eu probablement encore d'autres démêlés avec cet évêque de guerre et de proie. La lutte pourtant s'e-ngagea non pas directement avec Sicard, mais avec son col-

lègue le sénéchal de Carcassonne. Le vicomte de Carcassonne avait dans la ville d*Albi, antique berceau desTrencabel, divers droits de péage, d*albergue et de chevauchée qui, depuis son abdication, revenaient au roi de France*. Durand, à ce qu'il paraît, s'en était saisi hardiment, ainsi que des débris du domaine vicomtal et des biens confisqués sur les faidits. Il avait eu pourtant la précaution d'en abandonner quelques lambeaux à de certains bourgeois complices de ses rapacités pour qu'ils défendissent révêque contre les revendications futures du roi. Albi comptait plus de soixante chefs de maison faidits et condamnés pour crime d'hérésie, et la valeur de leurs biens confisqués s'élevait à plus de dix mille livres de Tours . Durand avait mis la main sur cette somme et l'avait gardée dans la prévision, disait-il, d'une guerre future, peut-être d'une insurrection imminente des peuples albigeois. Blanche de Castille n'admit pas ce prétexte du belliqueux prélat. Cité de comparaître devant la cour du roi, l'évêque se ligua secrètement avec ses complices. Ils ameutèrent le peuple en criant que tout éts^it perdu, et qu'il n'y avait plus de fortunes assurées, si le Capétien avait le droit de revendiquer les biens des faidits partagés entre les citoyens. Un homme sage s'éleva du sein de la multitude, et dit que si l'évêque et d'autres bourgeois possédaient des biens hérétiques des faidits, qu'ils se défendissent s'ils le trouvaient bon, mais que le peuple ne s'interpose-

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