LIVRE ONZIÈME
tilé par le roi. C'est ainsi que la monarchie brisait sous son engrenage de fer les organes politiques, et, pour parler comme les troubadours, lesos des petites républiques du Midi. Toulouse fut aussi étendue sur le chevalet; son inquisiteur et son bourreau c'est le roi de France. Ce sont toujours les grandes races albigeoises, les Toulouse, les Villeneuve, les Roaïx, les Maurand, les Barravi que le peuple élève au capitoulat. Ils furent les derniers capitouls populaires; après cela on n'aura que des consuls royaux, soumis au mors, portant le bât, et de la façon de cet étrange consul de Caligula.
Cependant Gui Fulcodi, larchevêque d'Aix, et les deux moines, chargés par le roi d'examiner la validité des confiscations, commencèrent leur opération par la sénéchaussée de Beaucaire (septembre 1255). Ils se rendirent à Nîmes avec le sénéchal Guillaume d'Auton : ils restituèrent le château de Durfort à Gaucelin de Durfort, des terres à Jean, Bernard et Bérenger de Sauve, accordèrent deux cent cinquante livres à Sybilia d'Anduze, deshéritée des biens paternels. Tous ces seigneurs cévenols avaient été dépouillés pour s'être ligués avec Pierre-Bermond d'Anduze, parent du comte de Toulouse, contre le roi de France*. De là, ils descendirent dans la sénéchaussée de Carcassonne. Des millions de voix s'élevèrent pour réclamer leurs domaines disparus dans le tourbillon de la croisade et de la conquête royale. Pendant plusieurs mois ce peuple de spoliés assiégea le tribunal