‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 625 sur 922 · LIVRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIÈME

queux venait par représailles l'assiéger dans sa métropole. Le sénéchal du roi, rétabli, à ce qu'il semble, au Gastel-Vieil, s'interposa entre les deux champions. Mais l'abbé s'était avancé pacifiquement, jusque sur les hauteurs de Val-Gabrières, à une demi-lieue de la cité dont il voulut voir les tours. Bernard s'écria que c'était une insulte à l'évêque et aux habitants d'Albi. 11 fit corner par ses hérauts que tous les habitants s'armassent et que nul ne restât dans ses murs ; et lui-même à la tête •de ses milices urbaines conduites par leurs consuls et de ses trois bataillons de soldats guidés par Pierre, Isarn et A mairie, vicomtes de Lautrec, sur leurs palefrois vêtus de fer, bannières déployées et fanfares sonnantes, il sortit de la cité d'Albi. L'ost de l'abbé de Gaillac était commandé par Bertran, vicomte de Lautrec, et Bertran II, vicomte de Bruniquel, qui avait pris parti pour l'abbé, ami de la maison de Toulouse. La rencontre probablement eut lieu (21 juillet) dans le val Gabrières. L'évêque vainqueur rentra le soir dans Albi, avec du butin, des barons captifs et grièvement blessés, entre lesquels l'un des chefs ennemis, le vicomte de Bruniquel. A la nouvelle de ce combat, Pierre d'Auteuil, sénéchal de Garcassonne, cita l'évêque, les consuls d'Albi, les deux vicomtes de Lautrec, de venir rendre raison de leur conduite à Garcassonne, comme coupables d'avoir rompu le vasselage du roi, d'avoir pris illicitement les armes, malgré la défense des sénéchaux, et surtout d'avoir enrôlé des faidits de la forêt ennemis de la France. Pierre, vicomte de Lautrec, avait effectivement engagé comme auxi-

liaire le chef plébéien des Ramondains de la Mon« tagne-Noire. Ce chef de bannis s'appelait Guilhem Pierre Bouche de Loup et avait sans doute pris ce surnom parce qu'il portait, sur son heaume d'acier bruni, la gueule aux blanches dents de cet animal, symbole de la croisade et de l'Église romaine*. Bouche de Loup, qui est qualifié de chevalier, sans doute de la chevalerie des Bois, sortit de sa caverne avec cinq de ses compagnons à sobriquets non moins sinistres, tels que Mornat, Amblard, Maleterre, Gailhard Pelapoul, et sur son sauvage palefroi et dans son costume féroce, vint dans Albi se mettre au service de l'éveque qull détestait, mais moins encore que le roi de France. Un vague instinct patriotique survivait dans le cœur de ce chef de bandits, qui fut l'un des hérosde la victoire de Val-Cabrières 2.

A cette sommation du sénéchal, l'éveque répondit, pour lui et pour les consuls, qu'il était seigneur d'Albi, vassal de l'archevêque de Bourges, qu'il ne devait rien au roi et qu'il faisait appel au monarque. Le sénéchal, sans s'inquiéter de cet appel, réunit en conseil, dans son palais de Carcassonne, Olivier de Termes, revenu depuis peu d'Orient où l'avaient retenu les tempêtes de l'Archipel, Lambert de Turey (Marly-Saissac), Pierre de Graves et beaucoup d'autres chevaliers fidèles au roi; leur avis, fut d'aller assiéger Tévêque et les consuls d'Albi qui se fortifiaient dans leurs murailles. Pierre

1 Simon de Montfort était appelé le Loup, et l'Église romaine, la Louve.

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