LIVRE ONZIÈME
Le maréchal de Mirepois imita le sénéchal de Carcassonne. Il démolit, après une inondation, le vieux Mirepois allongé au pied du château et le jeta sur l'autre rive de l'Ers. Ainsi le maréchal dégagea son donjon et mit le torrent entre le chef croisé et son peuple roman. Le nouveau Mirepois écarté du rivage ne mérita plus son nom, et ne vit plus le poisson se jouer dans les eaux du gave. Mirepois avait toujours été un diminutif de Carcassonne. Les deux villes furent reconstruites sur le même modèle. Toutes ces villes nouvelles ^ont disposées en damier. Leurs rues se coupent à angles droits. On* y sent l'équerre de la royauté. Leur rectitude contraste avec l'inextricable écheveau des villes féodales. Le maréchal avait un logis à Carcassonne : il assistait à tous les jugements de l'inquisition ; il présidait à toutes les crémations des Albigeois. C'était, dans cette sénéchaussée, son droit pacifique, disait-il, son incontestable monopole*.
Depuis la mort de l'évêque Pépolha, le johannite le plus éminent était Pépagès ou Pierre Pages, diacre des environs de Carcassonne. Il fit plusieurs conversions considérables et notamment celles d'Arnaud et de Sans Morlana. Arnaud était recteur de Pénautier, et de plus sénéchal du comte de Foix dans le Carcasses ; Sans était archidiacre de Saint- Nazaire de Carcassonne; il appartenait à la plus haute bourgeoisie romane. Ainsi le catharisme était dans Carcassonne et