LIVRE DOUZIÈME I
dès Montmorency, des Montfort, rattaché par son éducation et de tradition domestique aux rois de France, Amalric devait être un prince patriote, et le dernier chef de l'indépendance méridionale. Petit-fils de Ramon VI, par sa femme Philippa d'Anduze, et beau frère, par sa sœur Ermengarde, du comte Roger-Bernard de Foix, le libérateur, il ramassa leur grande épée, abandonnée par leurs fils, et releva leur cause héroïque. Le vaillant vicomte soutient deux luttes dans Narbonne contre l'archevêque, hors de Narbonne contre les évoques et les croisés. Dans Narbonne, il n'oubliajamais que l'insolent Pierre-Amiel avait pris pour ses palefreniers le comte Ramon de Toulouse et le vicomte Amalric de Lara. Et c'est de ce même couvent des Franciscains d'où partit la chevauchée triomphale que surgira Joan d'Oliva, le mystique adversaire des superbes primats de Septimanie. Gomme Ugo d'Hyères à Marseille, Joan d'Oliva dut être à Narbonne le pieux tribun de l'ancienne Amistance populaire qui soutenait le vicomte, et le successeur du vieux orateur féodal Ramon de Ville-Rouge. Hors de Narbonne et du Narbonnais, Amalric saisissait toutes les occasions de querelle et de guerre contre les évêques, les sénéchaux, les conquérants. Les villes de la plage, Arles, Marseille, Avignon, Montpellier, frémissaient, sous un souffle républicain, comme les vagues de leur mer. Amalric se déclare leur champion chevaleresque, Montpellier , berceau de Jaicme II, secoue le joug du roi d'Aragon. Saint Louis convoitait cette enclave si précieuse et fo-
iflO LES ALBIGEOIS ET L'INQUISITION
mente doucement l'insurrectioa populaire. Amalrîc jette un audacieux défi au conquistador de Valence et des Baléares, et rallie tous les exilés, tous les partisans du comte Ramon. La révolution fermentait dans Narbonne. Bientôt il apprit la mort du monarque sur la plage de Tunis. Qu'allait tenter le populaire et magnanime vicomte? La mort le frappa au milieu de ses rêves patriotiques et chevaleresques*. Il mourut à soixante ans, trois mois après le roi de France (1270). Il fut le dernier espoir de la patrie romane. Narbonne, si longtemps la servante de la conquête, faillit devenir l'héroïne de la délivrance. Elle a du moins la gloire d'avoir été sous ce prince l'asile de ces trois choses idéales : la liberté, la religion et la poésie. Amalric dut manquer à Joan d'Oliva. Il manqua plus encore aux poètes dont il était le héros favori. Les troubadours pleurèrent dignement le noble prince. Joan Estèbe de Narbonne et Guirauld Riquier de Béziers firent sur sa mort prématurée deux chants élégiaques. Mais Joan a rendu avec une plus vive sensibilité son deuil et la douleur nationale dont il fait comme un nimbe funèbre au dernier héros roman ^.
« Je suis dans la plus amère des douleurs ! L'inestimable vicomte n'est plus I Tous les Narbonnais doivent pleurer jour et nuit, car ils ont perdu leur naturel seigneur. Dieu lui donne une bonne place dans le ciel. Mais qui pourchassera désormais les trompeurs, les brigands, les filous, les traîtres et les insensés. Le vicomte était d'honneur et de mérite,