Charteç des croisades
en débarquant en Afrique, il trouve le roi expirant au milieu de son camp malade, sur les sables de Carthage. Saint Louis mourut en tenant à son fils • le noble et pieux langage d'un roi chrétien. Mais dans cet épanchement suprême, pas un remords, pas même un regret de la spoliation de Garcassonne, de la destruction de la maison de Toulouse, de l'extermination des races méridionales. Rome, qui avait construit à ce doux monarque un trône d'ossements, lui éleva un trône de sainteté dans le ciel. Sur cet amas d'iniquité et de gloire, sa figure ne manque pas d'une grandeur candide, et, s°ous le nuage de sang, brille d'un éclat pur, mystique, presque johannite. Mystère non moins inconcevable, cet Eliacin de l'inquisition si docile à Rome pojir l'accroissement de son trône résistait à la papauté lorsqu'elle s'attaquait à son sceptre. Est-ce que la royauté serait l'unique religion des rois? ou Dieu aurait-il pétri d'un limon particulier les consciences des souverains?
Philippe le Hardi se hâta de traiter avec le sultan maure de Tunis, et de quitter cette plage funeste, emportant, sur sa flotte en deuil, son père mort et son ost mourant «. U fit halte en Sicile, mais ni l'hospitalité de Charles, ni les frais ombrages de Messine, ne purent ranimer l'armée malade, et après avoir enseveli les chairs du roi défunt au monastère de Montréal, il conduisit le squelette desséché vers les côtes de Provence. L'épidémie le suivit en mer; le comte Alphonse, débarqué mou-
LIVHE DOUZIÈME
Tant sur la rivière de Gênes , expira à Savone ; quatre jours après, la comtesse Joana succombait également au fléau, et leurs dépouilles firent cortège au roval cadavre. La Provence vit, immobile et silencieuse, descendre sur sa rive et traverser son territoire, les cercueils de ces princes, instrument des vengeances de la papauté. A la mort de Raraon VII. le Midi tout entier avait éclaté en sanglots. Il n'eut pas une larme pour l'infante, devenue étrangère de cœur à son peuple, et qui, après avoir toujours vécu parmi les destructeurs de sa race et de son pays, alla dormir auprès d'eux sur la terre catholique de France. Elle ne fut pourtant pas déposée avec son époux dans les tombes royale» de Saint-Denis: elle avait choisi sa sépulture dans l'abbaye obscure de Gerci qu'elle avait récemment fondée dans la Brie. Sa statue de pierre couchée sur son tombeau, dans l'attitude de la prière, la représentait en guimpe de nonne, avec le manteau ducal et une couronne presque royale. A ses pieds reposent deux petits chiens * . Ainsi finit la glorieuse maison de Saint-Gélis, dans la comtesse Joana, princ3sse obscure, épouse stérile, femme nulle, rejet tardif et mal venu d'un arbre frappé de Il foudre. (Août 1271.)
Alphonse et Jeanne confirmèrent toutes les anciennes spoliations. — Ils donnèrent à Sicard d'Alaman les biens d'Élio de Agréfol (1257). — Ils vendirent à Ratier d'Espéris, pour 325 livres cahorcines, les biens de Ramon et de Guilhem de
i. Nangis : Ges». Philip, ir, p. J^T^