LIVRE DOUZIÈME
complit pas sans de longues et violentes convulsions ; longtemps encore les tronçons saignent et palpitent. Le prince qui protesta fut celui dont les ancêtres avaient été les héros de la résistance du Midi, dont la race était, en quelque sorte la plus pyrénéenne *. Roger-BernardlII, valeureux comme son père, son aïeul, et son bisaïeul, fut excommunié comme eux. Politiquement orthodoxe, il eut comme eux des baillis hérétiques, et notamment les Morlana de Garcassonne. Son patriotisme méridional s'appuyait sur les faidits des forêts. Le comté de Foix, on le sait, relevait, pour la plaine, des comtes de Toulouse, et pour la montagne des rois d'Aragon. La mort d'Alphonse mettait Roger- Bernard sous la mouvance immédiate du roi de France. Le belliqueux prince forma une ligue des seigneurs pyrénéens; ils réclamèrent la suzeraineté nationale de don Jaicmé le conquérant; et dans C9 dessein une ambassade se rendit à la cour de Saragçsse^. Le vieux monarque, chargé d'ans et fatigué de guerres, ne répondit pas à ce patriotique appel; il pressentait que son berceau, et le berceau de sa race, échapperait tôt ou tard à sa dynastie. Mais l'infant don Pedro s'arma pour enlever au roi de France ses spoliations des maisons de Saint-Gélis et de Trencabel. Déjà les seigneurs aragonais et catalans accouraient, brandissant leur lance , se ranger autour du jeune prince pour aller délivrer les poétiques manoirs de Tou-