‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 706 sur 922 · LIVRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TREIZIÈME

soi

lution officielle, on reconnaît un commandement royal, la volonté de Philippe le Bel. La maison de Foix formait l' avant-garde de la France contre l'Espagne, et tenait par le sang à la dynastie capétienne. Roger-Bernard mourut bientôt après et descendit paisiblement dans les caveaux de Bolbona (1302). Sa vie fut une longue bataille. Souvent vainqueur, parfois vaincu, deux fois captif, ce petit prince pyrénéen, qui se heurtait contre les colosses de France et d'Aragon, supérieur à ses aïeux par la puissance, leur égal par le courage, leur est inférieur par la cause. Il ne combat pas, comme eux, pour des principes ; il va guerroyant pour des territoires et pour les voluptés de la bataille. Aucune idée divine n'étincelle à la pointe de son épée. Il n'est point comme son aïeul et son bisaïeul un héros théologique, un paladin éclatant du Paraclet. Prince politique et valeureux, malgré ses malheurs, il accrut considérablement son patrimoine et sa renommée. Non-seulement il conserva les comtés de Foix et de Castelbon tant de fois confisqués, mais encore il y ajouta la grande vicomte de Béarn, pour laquelle il ne relevait que de Dieu^ et les petites vicomtes de Marsan, de Gavardan et de Nébousan. Allié par le sang, aux maisons de France et d'Aragon, il ouvrit à ses descendants le trône de Navarre. A sa mort, la maison de Foix, ébranlée et presque déracinée par un ouragan d'un demi-siècle, était une puissance pyrénéenne.

Roger-Bernard avait eu de Marguerite de Moncade, entre autres enfants, un fils qui reçut le nom

de ses aïeux de Béam, Gaston (le ravageur ou le fils du désert). Ce jeune prince, qu'il associa de son vivant à son règne, était délicat et devait vivre peu. Élevé à la cour de Paris, comme otage de son père, le roi, pour mieux l'enchaîner encore, lui destina pour femme une de ses nièces, Jehanne d'Artois *• Mais Gaston, soit inclination de cœur, soit réaction d'indépendance, s'unit secrètement à Fernanda, fille de Fernand, duc catalan de Négrepont. Il en eut un fils nommé Loup' (le berger) : ce fils de ses amours devait être, en eff'et, dans sa pensée le pasteur de ses peuples de Foix et de Béam. Le roi de France , furieux de ce mariage clandestin , en ordonna larupture, et le faible Gaston dut épouser Jeanne d'Artois. La capétienne était une femme libertine, impérieuse, dilapidatrice, qui vida le trésor comtal, rompit avec sa belle-mère Marguerite de Moncade, et fit périr plusieurs princes de la maison de Foix. Le comte Gaston, se rendant à la guerre de Flandre, était mort à Maubuisson; elle déroba son testament, le fit casser parle roi, et adjuger le trône à son fils, c'est-à-dire à elle-même comme tutrice du jeune Gaston IL Loup, l'héritier légitime, fut dépossédé, banni des domaines paternels, etrant en Espagne et en Orient, et revint enfin de l'exil marié à une princesse allemande 2. Le roi résolut de réparer cette iniquité royale en la doublant d'une iniquité inquisitoriale. L'inquisition dépouillait les plus hauts barons pyrénéens. Une

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