LIVRE TREIZIÈME
si ce n'est aux noces et aux fêtes juives, ni se promener le dimanche avec les chrétiens sur la place du Mercadal. Que les femmes Israélites ne soient assez hardies que de porter dans leur toilette de la soie, ou de l'or, ou des pierreries. » Les juifs, on le voit, vivaient fraternellement avec les chrétiens. L'abbé ralluma la guerre entre les deux races et les deux religions. Que sont devenus les temps oh. le vicomte de Garcassonne avait pour argentier le juif Caravita, et pour tuteur, Bertran de Saissac, le cathare? Oii, dans Pamiers môme, le comte de Foix, juge impartial, présidait un synode de catholiques, d'Albigeois et de Vaudois? Un siècle est à peine écoulé : les Albigeois sont détruits ; les Vaudois bannis de ses murs; les juifs parqués dans la cité. Les juifs seront exterminés à leur tour; et Pamiers, naguère le séjour de toute liberté, maintenant de toute intolérance, est déjà ce qu'il sera dans l'avenir, un lieu triste, délabré, d'un aspect funèbre, une ville à physionomie espagnole*.
L'Église du moyen âge, éperdument entraînée vers le cloître, revenait lentement vers le siècle, vers le monde. Aux princes cénobitiques succédaient insensiblement les évêques : et c'était une conséquence de la réaction cathare , essentiellement antimonastique. C'était ainsi que, cédant à son insu à l'opinion du temps, Boniface VIII sécularisa l'abbaye de Saint-Antonin de Pamiers. Ce monastère avait été une des causes de la croisade
1. Ibid.yW. Le sang Israélite et cathare rayonne encore dans la beauté orientale des femmes de Pamiers.
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par rincessante lutte des abbés et des comtes qui se disputaient le Castellar, c'est-à-dire la souveraineté personnifiée dans ce donjon, avant-poste féodal de Foix. Cette interminable querelle avait tout à coup été tranchée par la trahison de Tabbé Vidal qui livra la ville à Simon de Montfort, et par dérivation au roi de France. Pamiers était de • venue la ville française et Tun des pivots de la croisade, tandis que Foix était restée la ville comtale et le foyer de l'indépendance romane. Mai» après la victoire du Midi, les comtes étaient rentré* dans le Castellar, et dans tous les arrangements postérieurs avaient toujours revendiqué la souveraineté de Pamiers. Le monastère de Saint-Antonin était sorti de l'horrible tempête qu'il avait soulevée, enrichi, mais sanglant, et à jamais odieux. Boniface VIII résolut de le réhabiliter en le transformant en évêché pour que l'évêque pût d'une main plus vigoureuse contenir à la fois le prince national et la cité démocrate *.
Détachant toute la partie méridionale du diocèse de Toulouse, le pape en forma celui de Pamiers auquel il donna pour premier évoque }e dernier abbé de Saint- Antonin, Bernard de Saïsset. Philippe le Bel avait essayé d'accorder cette discorde séculaire des comtes de Foix et des abbés de Frédélas. Le roi avait remis à Roger-Bernard le Castellar disputé. Le nouvel évêque, moine inquiet et dominateur, fut indigné contre le monarque, et le comte refusant de payer certains revenus indécis,