‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 72 sur 922 · Marca. Bear., 8 , 2L · texte numérisé non relu

Marca. Bear., 8 , 2L

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Roger-Bernard et à ses descendants, tous ses droits sur les châteaux de Palhers, Pereilhe, Alsen, Rabat, Castelverdun et Quier, dans le comté de Foix. Ramon confirme la donation qu'il a faite à Roger- Bernard, après la victoire romane, du château de Saint- Félix et d'une vingtaine de villages du Lau-' ragais. Enfin Ramon reconnaît la validité du testament du jeune Trencabel en faveur de son tuteur le comte de Foix, et lui promet l'investiture de tous les domaines du vicomte mort sans postérité, dans les vicomtes de Carcassonne, Béziers, Agde, Lodève, Albi et Rouergue. Les vingt-quatre consuls de Toulouse se rendirent garants de ce traité que le comte Ramon consentit à Roger-Bernard, en présence de ses barons pyrénéens : Pierre-Roger, chef des Bélissen, expulsé de Mirepois, Pierre de Fenouillet, dépossédé de sa vicomte de Fenouillèdes, Arnauld de Villemur, seigneur de Saverdun, Ramon d'Aniort, seigneur de Belvèse, Pierre de Durban, Bernard de Durfort, et son frère Pons- Adhémar [de Roudeille, Pons de Villeneuve, Sicard de Montault, et Othon de Terridas ou de nie, fils d'Esclarmonde de Foix. A ces témoins, il faut évidemment ajouter les seigneurs des terres concédées, Ramon de Pereilla, Amiel de Palhers, Ramon-Sanche de Rabat, Othon-Arnauld de Castelverdun et les nombreux chevaliers de Saint-Félix et du Lauragais qui passaient sous Ja domination directe du comte de Foix; et enfin, reflet aff'aibli de son grand frère, le pieux et chevaleresque Loup de Foix, le Bayard du xiii*» siècle.

Les trois princes et les magnanimes conjurés atten-

LtVftE PREMIER

dwent l'attaque du roi de France. Mais il passa rapidement vers le Nord, sans regarder Toulouse. Alors, ils sortent de leurs murailles, etreconduisent l'ost royal, harcelant ses derrières, voltigeant sur ses flancs, enlevant ses traînards, jusqu'aux confins extrêmes du Rouergue. A mesure que l'armée française se retirait, la population se soulevait sur ses traces : et le soulèvement des paysans entraînait les défections patriotiques des barons. Nous avons déjà vu l'un des seigneurs d'Aniort siéger parmi les conjurés de Toulouse, ainsi que l'un des chevaliers

de rile-Jourdain. Les barons de Termes, de Gab-Aret, de Menerbe, tous ceux des Gorbières et de la Montagne-Noire, surpris et fascinés par les évoques, revinrent à la cause nationale. Le roi de France ne conserva que les villes occupées par ses sénéchaux, et par les chefs croisés gardiens de la conquête. Ainsi l'insurrection patriotique, qui déjà rugissait sur les traces de sa retraite, redoubla d'intensité quand on apprit sa maladie, et enfin sa mort en Auvergne. La mort de Louis comme celle de Simon parut un miracle, l'œuvre des puissances célestes *. Les saints grecs avaient vaincu les saints francs et romains. Exsupère, le doux pâtre cantabre, avait de sa houlette abattu le lion de France et la bête romaine. Ainsi parlait, ainsi chantait un peuple naïvement et poétiquement superstitieux. Mais les Cathares n'y voyaient que la victoire de l'Esprit de Dieu, le céleste Archer, et les Vaudois le triomphe du Christ et de Jéhova.

1. Les Français et môme les Aquitains accusèrent Rome et le légat de la mort du roi. — Figueyras. Roma, strophes.

Ifiîl.

i«4 LES ALBIGEOIS ET L'INQUISITION

La mort de Louis VIII jetait la monarchie dans des troubles profonds et d'incalculables hasards. La couronne tombait à un prince de douze ans ; la régence était donnée à sa mère, Blanche de Gastille ; mais les grands vassaux s'indignaient d'obéir à cette étrangère : à leur tête se trouvait Pierre, duc de Bretagne, le perspicace politique féodal, surnommé Mauclerc par les Français à cause de sa haine contre les Capétiens. Ainsi révolte au Nord, croisade au Midi, et tout autour rivalité de l'Aragoni hostilité de l'Angleterre, inimitié de l'Allemagne! et sur ce trône entouré de tant d'orages, un enfant. Sur la foi de Rome, on a donc aventuré le royaume, et perdu le roi. Ainsi s'est tristement réalisée l'anxiété prophétique de Philippe-Auguste mourant : mais pour sauver la France , après l'avoir jetée aux écueils, deux personnages sont au gouvernail, Blanche de Gastille et Romain de Saint- Ange.

Ce nouveau légat du saint-siége est un jeune cardinal-diacre, beau, gracieux, insinuant, un diplomate italien, doublé d'un proconsul théocratique *. Rome l'avait envoyé pour relever la croisade expirante, raviver l'extermination du Sud, en investir le roi de France, et dominer ce monarque par la reine. G'étaitl'ange tentateur entrevu par le vieux et sagace roi Philippe- Auguste. Blanche fut l'Eve de la monarchie capétienne. Le Serpent séduisit l'ambitieuse Espagnole qui déjà régnait sous le nom de

I. Agréable à Dieu comme aux hommes. Guilh. de Puilaurens; et Gestes glorieux des Français.

Louis VIII, et fit briller à ses yeux la conquête romane, comme le fruit de l'arbre de vie pour la maison de France, merveilleuse pomme d'or dont l'arrachement tragique ferait d'elle une déesse et de ses descendants une dynastie de dieux. Dès lors, l'impulsion gouvernementale, on le sent, part du légat. A la politique lente, prudente, sagement et fortement calculée de Philippe-Auguste, succède •une politique aventureuse, violente, passionnée, inhumaine et d'un mélange à la fois féminin et sacerdotal. L'esprit français est farouchement déformé par la fusion du caractère italien et du tempérament espagnol. G'est Romain qui, d'accord avec Blanche, exige impérieusement l'abdication d'Amauri et la substitution de Louis VIII, pousse à son corps défendant le roi sur le Midi, lui fournit le subside impie des décimes ecclésiastiques; et lui-même, tel qu'un autre Arnauld-Amalric, dictateur sacerdotal, marche à la tête de la croisade, à côté du prince qu'il dirige et qu'il tient, en quelque sorte, à la solde du pontife souverain. Après la mort du monarque, c'est Romain qui ramène à Paris son cercueil, patronne la régente étrangère, fait sacrer l'orphelin délaissé, menace une noblesse agressive, et protège le trône de cet enfant, des foudres pontificales. Romain de Saint-Ange fut le tuteur sacerdotal du jeune Louis IX, ce futur saint de la réaction catholique triomphante, cet héritier innocent et candide des crimes de la croisade, né dans l'année même du concile de Latran qui donnait à la France le Midi vaincu (1215). Romain fut plus encore : mais comment dirons-

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nous ? L'histoire peut-elle recueUlir les rumeurs populaires, les indiscrétions des moines et des poètes contemporains, les graves et graveleux chu^ chotements des vieux siècles? Oui, sans doute, quand ces murmures expliquent rinexplicable mystère du martyre des peuples et du scandaleux triomphe des rois, Louis VIII, prince délicat, mais pacifique, et de tempérament aphrodisiaque, se mourait en Auvergne. Les médecins déclarèrent qu'il succombait à sa trop longue privation de» tendresses de la reine. Archambaud de Bourbon s'imagina qu'une pticetf^^V/i/^ pouvait dans cette extrémité remplacer salutairementBlanchedeCastille. L'officieux comte fit chercher une jeune fille vierge et noble de ces montagnes, et, pendant son sommeil, l'introduisit furtivement dans la chambre à coucher du roi. Louis à son réveil vit, avec étonnement, la belle vassale venue, dit-elle, non par aiguillon de volupté, mais par dévouement féodaj et, selon l'avis des médecins, pour soulager et sauver le roi. « DamoiseUe, répondit le prince, il n'en sera point ainsi : je ne pécherai mortellement; r^ et il mourut victime de sa chasteté *. Nous reconnaissons à cette pureté le père de saint Loui^ ; mais sa veuve n'eut pas, assure-t-on, les mêmes scrupules religieux. Le même peuple qui a roulé autour du pâle front de Louis VIII, ce nimbe de pudeur, a jeté des ombres sur la vertu de Blanche; et c'est sur un nuage fuyant de galanterie chevaleresque et sacerdotale que nous apparaît, dans les profondeurs

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