LIVRE PaEMlEU
du Moyen âge, la mâle et farouche figure de la plus grande des reines de France. Rome n'a pas osé la disculper, Rome, pour qui elle avait tant feit, et qui, malgré ses désordres domestiques, a canonisé Charlemagne, n'a pas osé glorifier Blanche de Castille. C'est sur son fils, qui héritera candidement du fruit sanglant de son crime et de son génie, que les papes reporteront l'auréole de sainteté catlu)lique. Blanche eut donc pour amant Romain de Saint-Ange, et cette connivence * divulguée par le peuple, confirmée par les résultats politiques, l'est encore par la tradition des reines de France, qui, deux fois, sur cet exemple, dans des circonstances analogues, introduisirent un prince de l'ÉgUse romaine dans le lit souillé des Capétiens. Et certes, cet amant sacerdotal, bien mieux que le léger, indiscret et inconséquent Thibaud, comte de Champagne, convenait à la maturité ardente et superstitieusement spéculatrice de la superbe Espagnole. Par lui la régente s'assurait de la protection du Saint-Siège contre les ennemis de la France, et le légat disposait des forces de la France contre les ennemis du Saint-Siège. Ainsi, c'est de cet adultère royal et théocratique, que devait sortir l'affermissement du pieux et chaste règne de saint Louis, et la ruine de l'égUse tendre et mystique des Purs et des Amis de Dieu. Cette croisade, méticuleusement soutenue par Philippe-Auguste, reprise à regret et péniblement ébauchée par Louis VIII, va, malgré les tumultes d'une minorité royale, être vigoureu-
i. Expression des écoliers de Paris.
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sèment et victorieusement consommée par Blanche de Castille. La régente et le légat coniBrment le partage du Midi : le Rhône divisera leurs spoliations; Rome gardera les Alpes, la France prendra les Pyrénées. Blanche abandonne à Romain l'église cathare ; Romain sacrifie à Blanche la maison de Saint-Gélis. Le légat repoussera toujours la réconciliation du comte de Toulouse, ou ne l'acceptera que comme une grâce et qu'à la condition que ses États tomberont directement ou indirectement dans la maison de France. Tel est leur pacte secret : une église et une race sont condamnées à mort; ils se livreront ces deux cadavres.
Grégoire IX, car le faible Honorius III était mort six mois après le pâle Louis VIII (mars 1227), Grégoire IX, cousin d'Innocent III, ami de saint Dominique, patron de Blanche de Castille, et une âme du même bronze, monte au siège pontifical, et ordonne à Blanche de recommencer la guerre. La guerre n'avait point cessé dans le Midi. Elle s'était ravivée de la mort du roi ; l'insurrection redoubla pendant l'automne, et les princes reprennent l'offensive en plein hiver, avant que le printemps ramenât les Français. Les troubadours chantent la guerre sainte. Pierre Cardinal entonne le chant des batailles de Ramon VI. — Comte Ramon, duc de Narbonne, marquis de Provence, votre valeur est si grande qu'elle enhardit tout le monde, car de la mer de Rayonne jusqu'à Valence la nation fausse et traîtresse au ra châtiment et repentir. Ces ivrognes de Français, vous les tenez pour vils, et vous les craignez moins encore que Tépervier ne redoute la
perdrix M — Jamais, s'écriele valeureux Bernard de Montcuc, je ne vis venir un si gentil printemps. I II vient entouré de joie et de chansons, de tumulte et de guerre, d'émotion et d'effroi, d'hommes de pied et d'hommes de cheval. Tel qui ne savait que deviser et dormir va tirer Tépée et brandir la lance I
Il m'est doux de voir bouviers et bergers fuir épouvantés ; et doux de voir les riches^ barons mettre au vent leurs trésors et leurs bannières.' Maintenant tel qui n'avait point de cœur chargera] et tel bourgeois qui vivait honteusement montera à cheval. C'est une grande guerre. Il n'y a point de joie pour le seigneur qui ne peut affranchir ses sujets I
Dans aucun homme, onne trouve, selon mon idée, tant d'amour et tant de foi que dans les siens. En nulle chose, ils ne vous tromperont, si vous ne les trompez pas. A seigneur qui opprime et tyrannise, on ne peut garder ni foi ni hommage. Mais un seigneur qui gouverne bien son peuple peut avec lui conserver et conquérir I
Sachez que le monde n'a trésors ni richesses que je ne tienne pour vils, s'ils sont honteux. Bientôt vient la mort ; mais les lâches ne le comprennent pas comme les braves. Je prise une richesse honteuse moins que l'honneur, et une vie sans gloire