Dom Vaisselto, VU. Ad. du Mège, 1. XXXIIL
sentine, le cloaque provençal, la Babylone du Midi, Ainsi tout tombait : les nobles cités, les grandes races, les magnanimes peuples. On leur avait tiré leur sang, arraché leur âme. Ils s'en allaient en putréfaction : ce n'était plus que le cadavre d'un peuple, la charogne d'un siècle.
Mais Clément et Philippe avaient conclu un pacte mystérieux. L'âpre Capétien aurait dit à Bertran de Goth : Veux-tu la tiare, promets-moi de me livrer des têtes ! Et le prélat aquitain aurait répondu au monarque : Je te promets les têtes, donne-moi seulement la tiare I Maintenant il fallait tenir ce pacte tragique. Il s'agissait des Templiers. Maître de la papauté, le roi qui lui avait déjà dérobé Tinquisition, son tribunal, résolut, pour compléter son œuvre politique, de lui enlever l'Ordre du Temple, sa milice. Après la torche et le couperet, il lui arrachait l'épée, si étrange encore dans les mains d'un vicaire du Christ. Cet Ordre militaire, fondé sous la première croisade pour la défense de Jérusalem, ou plutôt de la théocratie romaine, dont il était la garde monastique, devait tomber avec elle et du même coup. Implacable logicien, le roi ne pouvait tolérer dans son royaume ces moines armés, prétoriens d'un César sacerdotal. Nous n'entrerons pas dans les détails de ce procès célèbre * : l'historien doit seulement en rétablir le sens politique défiguré par la passion des sophistes et l'inintelligence des poètes. L'Ordre du Temple a laissé un renom proverbial de faste licencieux et