Inq. de Carcassonne
portes de l'Inquisition, et lui a enlevé ses prisonniers. En conséquence Jehan de Pecquigny, vidame d'Amiens, est solennellement retranché de la communion des fidèles I Ainsi la grande lutte de la théocratie et de l'humanité dans le monde, de Boniface VIII et de Philippe le Bel en France, avait sa réduction microscopique dans Geoff'roi d'Abluses et Jehan de Pecquigny à Carcassonne. Délicios s'arme de l'excommunication du magnanime vidame pour agiter l'Albigeois. Il la secoue comme un brandon, de cité en cité. Nous n'abandonnerons pas, dit-il, le noble, le juste, le généreux Jehan de Pecquigny. Deux procès seront à la fois pendants en cour de Rome : l'accusation du vidame par les Inquisiteurs; l'accusation des Inquisiteurs par les citoyens. Mais, vous le savez, il faut beaucoup d'argent pour plaider en cour de Rome. Carcassonne, Albi, les villes albigeoises ne laisseront pas à la charge de leur Libérateur les frais de l'appel. — Nulle cité ne lui doit autant qu'Albi, répondent Guilhem de Présens, viguier, et Galhard Estève, juge royal, deux hommes de race cathare employés par le roi. Non, non, s'écrient partout les consuls et les syndics, la cause de Pecquigny est la cause du Languedoc I Toutes les villes successivement haranguées par Bernard s'engagent à fournir le subside patriotique *. Leurs magistrats se rendent à Carcassonne, au couvent des Franciscains, dans la cellule de Délicios. Ils fixent la somme à 3,000 livres tournois : Carcas-
i. Manuscrits de Paris. — Arch. d'Albi.
sonne paiera 1 ,500 livres, Albi 1 ,000, Cordoue 500.
Non content de dénoncer les Réformateurs au pape, rinquisition les dénonce encore au roi et à la reine. Le roi a pour confesseur un dominicain qui le rend défiant et ombrageux. Mais la reine, dirigée par un franciscain, frère Durand, est favorable aux Albigeois. Elle a sans doute accueilli Délicios, compati aux larmes de NaVénias.Surla menace que les commissaires vont être rappelés, Albi adresse une supplique à la bonne reine en faveur du chevalier et de Tarchidiacre atmé-s de tout le pays. « Nous vous invoquons tous ensemble et les hommes et les femmes, et les jeunes gens et les jeunes filles, et les vieillards et les enfants ; nous vous invoquons, vous rame et le plus valide rempart de notre espérance; et nous vous supplions d'intercéder auprès du roi, pour que sa bonté nous conserve nos respectables protecteurs I » Ainsi parle Délicios au nom du peuple albigeois *.
Cependant Peequigny, accusé par l'Inquisition et sommé de venir se justifier, se rend à Paris. Bernard l'accompagne avec Patris, Fransa, Probi, Castanet, Garcia, des citoyens, même des matrones d'Albi, de Cordes, de Castres, de Carcassonne ; toute rélite de la nationalité romane fit cortège au généreux libérateur français. Dans ce cortège figurent deux frères Mineurs, Joan Astorg et Bertran de Villarzel, représentants du patriotisme franciscain du Midi. Astorg est un nom cathare et Villarzel un nom de Montségur. La nationalité ca-