LIVRE QUATORZIÈME
Philippe le Bel quitta Toulouse dans les premiers jours de février pour se rendre à Carcassonne^ Il traversa le Lauragais, si patriote et si cathare. Les grandes familles chevaleresques, que l'inquisition n'avait pas achevé de dévorer, venaient sans doute, à la tête de leurs populations, saluer le roi. Le soupçonneux prince, à leurs cris, à leurs attitudes, devina la révolution patriotique. Il sentit que le siège de la résistance nationale était à Carcassonne, et que le vrai tribun n'était pas Bernard Délicios, mais Elio Patris. Carcassonne, pourtant, s'était pavoisée pour recevoir le monarque. Le fier consul, Elio Patris et ses collègues Guilhem de Sant-Marti, Ramon del Pech, Ramon Andréo, tous trois d'origine cathare, Arnauld Terrien et Ramon Belet, à cheval, reçurent le roi à la porte de l'ouest. Le prince traversa la ville basse, décorée de banderoles, et se dirigea de l'autre côté de l'Aude, vers la Cité, aux acclamations du peuple, réclamant justice et souhaitant la bienvenue à son hôte royal. Il arrive à la Barhacane, porte crénelée du gigantesque escalier recouvert et zigzagué qui, sur le talus du monticule, conduit au palais des vicomtes. Mais, tournant à droite, et pour entrer royalement dans la Cité, il fait gravir à son palefroi les rampes de la porte Tolosane*. Élio Patris accompagnait le monarque. Gomme il allait franchir l'arcade ogivale : Roi de France, s'écria le magnanime consul, retournezvous, et regardez cette malheureuse ville, qui est de votre royaume et que l'on traite si durement! De