LIVRE QUATORZIÈME
Aussi l'insurrection, prévenue à Garcassonne, avait eu le temps d'éclater à Limous, et le premier mouvement du peuple avait été de chasser les inquisiteurs et de se soustraire au vampire de Prouille. Les chefs de ce soulèvement populaire étaient Bernard Ramon Sartre et Bernard Gourtali (notaire), probablement encore consuls, et qui, trois ans auparavant, avaient défendu les droits de leur cité devant les commissaires du roi, Ramon d'Aniort de la maison d'Impéria dépossédée de ses manoirs de Cerdagne, Bernard Probi, ancien consul de Limous, de la famille du tribun de Castres Pierre Probi, Guilhem et Adalbert de Flassan, descen-^ dant de ce touchant martyr qui périt dans les tortures plutôt que d'accuser la mémoire de son bienfaiteur, Roger-Bernard, comte de Foix, le héros du Midi, et dont les os gisaient depuis soixante ans dans les oubliettes de l'inquisition de Garcassonne *. Ces quarante citoyens de Limous furent mis à mort vers la fin de novembre (1305), et c'est dans l'intervalle de ces deux grandes exécutions que les conjurés des autres villes furent probablement suppliciés pendant ce sanglant automne. Les portes de Garcassonne, naguère ornées de fleurs et de drapeaux pour la réception de Philippe, furent décorées par ce roi d'une double avenue de gibets où les oiseaux de proie dévorèrent les restes des derniers citoyens qui fôtaient naguère le monarque et des nobles consuls étranglés dans leur pourpre et leur vertu patriotique. Les biens des conjurés furent confisqués,