Archives d*Albi. Compayré, p
LIVHE QUATORZIÈME 3i7
Vérone, de saint Louis et de sainte Cécile. Saint Dominique et saint Pierre représentaient le despotisme inquisitorial ; saint Louis figurait la conquête, la croisade ; sainte Cécile était le symbole du génie national, de la musique et de la poésie, crucifiée entre ces hommes du fer et du feu, ensevelie, avec les cendres de sa lyre et les ossements de son peuple, sous les homicides autels du Moloc dominicain. De cette grâce furent exceptés six ou huit proscrits et leur magnanime chef Pannat, réservés au gibet des consuls de Limous et de Carcassonne*.
L'inquisition, on le pense bien, ne laissa pas en repos Délicios. Le grand tribun, par sa présence et sans doute aussi par sa parole, agitait l'Albigeois. Les dominicains voulurent mettre en exécution l'anathème pontifical. Bernard se défendit avec son ordinaire intrépidité. Il en appelle au roi, il en appelle au Pape. Il se rend à Paris, puis à Avignon, et revint avec sa liberté (1310). Peut-être lui conseillat-on le silence ou l'exil. Quoi qu'il en soit, il revient braver une dernière fois les dominicains. Il dit adieu à Albi, Limous, Carcassonne, les théâtres de sa gloire, et disparaît du monde. Se cacha-t-il dans quelque couvent franciscain ? Vécut-il ignoré dans les forêts de l'Albigeois ? Aima-t-il mieux se retirer en Espagne ou en Italie ? Reçut-il une hospitalité inquiète de Ramon Lulle et de l'infant deMayor-
1. Musée de Toulouse, tombeaux des évéques, statues foulaat les chiens albigeois qui rampent et lèchent leurs pieds.
que? Il est plus probable qu'il chercha un orageux abri auprès de ses compagnons Joan de Bonamour et Amanieu d*Armagnac, dans la révolution de Toulouse. Quoi qu'il en soit, il disparaît comme emporté par un tourbillon. C'est pendant cette hégire que Clément V fit condamner, au concile de Vienne, les doctrines de Joachim de Flore, de Joan d'Olive et de Vévangile éternel.
Deux ans après le concile, on le retrouve au couvent des Mineurs de Béziers. Clément V n'est plus. Philippe le Bel l'a suivi dans le tombeau. La vacance du saint-siége dura deux ans. C'est pendant cet interrègne pontifical que Bernard crut pouvoir reparaître impunément au soleil. Vieux et brisé, il est venu attendre la mort dans le silence et l'obscurité d'une cellule, sous le triple patronage de la mémoire amie de Richard-Neveu, le collègue du vidame d'Amiens, mort récemment évêquede Béziers (1300), du docte et généreux cardinal, Bérenger de Frédol, son prédécesseur comme éveque et son successeur comme commissaire royal, et de l'énergique et fière population dont le massacre par les croisés forme le prologue de notre martyre séculaire. L'heure approchait où le grand tribun allait ajojiter sa page funèbre au martyrologe de la patrie romane.
Les cardinaux, après deux ans de débats entre les Français et les Italiens, finirent, dans la ville de Lyon, par nommer Jean XXII. Jacques, fils d'Arnauld Euze (Deuze, Duèze, Dossa), cordonnier de Cahors, vint s'asseoir au trône pontifical d'Avi-