LIVRE QUATORZIÈME
monde, venait l'Esprit, et son règne était une ivresse, une extase, et comme une fournaise de l'amour divin. Joan d'Olive prétendait tenir d'un ami du frère Léon, compagnon de François, qu'une grande persécution allait envelopper l'Église de Dieu, mais que c'était l'agonie de Babylone et de l'Antéchrist, c'est-à-dire du pape et de l'Église romaine. Et qu'en même temps que l'Église de Dieu sortirait de cette tempête saint François, le nouveau Christ endormi dans la crypte de la Portiuncula, ressusciterait glorieux et régnerait sur les élus avec l'Évangile éternel.
Jean XXII fit examiner le commentaire de Joan d'Olive par huit docteurs, soumit leurs rapports au savant théologue et jurisconsulte Silvestri, évêque de Cosence, et enfin en consistoire public, entouré des cardinaux, prélats et docteurs, anathématisa l'hérésie de Joan d'Olive. Sortis des vieux foyers cathares et formés des mêmes éléments, les Fratricelles reproduisirent les modes d'expansion des Albigeois. Ils s'élurent un général, un empereur, et même un pape. Le général, nous l'avon vu, c'est Arrigo de Léon. L'empereur, c'est Louis de Bavière *. Ils se groupèrent autour de ce césar, comme dans le siècle précédent les cathares autour de Frédéric II de Souabe. Enfin, Louis de Bavière opposa à Jean XXII, son ennemi, un antipape fratricelle, qu'il fit sacrer à Rome, et qui régna au Vatican désert. C'est Pierre Rainallucci, natif de Gorberio , dans l'Abruzze , franciscain , hçmme