‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 827 sur 922 · Limborch, Hist. inq.y p · texte numérisé non relu

Limborch, Hist. inq.y p

chimistes, contre le roi de France et l'Église romaine, et, dans sa défaite, allait se perdre en Orient, berceau de la religion du Paraclet.

Le paraclétisme mitigé de Narbonne a laissé à sa mort un testament immortel : r Imitation de Jésus- Christ. Son mystique auteur se dérobe comme un ange derrière un nuage. Le mystère de son livre, autant que sa grâce ineffable, a fait dire qu'il était l'œuvre môme du Saint-Esprit. Le Saint-Esprit a dicté l'Évangile dont il n'est qu'un pâle reflet, une douce et calme irradiation, comme un rayon de lune dans une nuit d'orage. Mais l'on eût été d'une entière exactitude en affirmant qu'il était l'œuvre de l'Église du Paraclet*. Le livre, en effet, estJohannite, et le pieux écrivain, tout en cachant son nom, n'a voulu dérober qu'à demi sa secte, qui rayonne, sous le texte et sous le titre, comme un reflet de la colombe de feu. Ce titre originel, c'est Vlnternelle Consolation. Le livre appartient donc à l'Église du Consolateur, Mais cette Église est internelle, c'est-à-dire spirituelle et mystique. L'auteur n'est point de l'Église de Rome, ni même de l'Église de Montségur. Il échappe à tous les sacerdoces, à toutes les formes terrestres, à tous les symboles humains. Il s'élance hors de la région des ombres, pour planer dans l'océan de la pure lumière. Jeté, par un orage, dans un monastère, il ne vit pas dans sa cellule, mais dans l'infini, dans

1. J'ai souvent demandé à M. de Lamennais s*j1 croyait que Gerson, ou Gersen, ou Akempis fussent les auteurs de limitation. Il me répondit : Pas plus que de V Iliade.

le ciel. Mais quel prodige que l'auteur de ce divin livre soit inconnu, qu'il ne puisse être d'aucune des célébrités du moyen âge, et que l'humble reclus jette incessament de son cœur des soupirs de ramier blessé, des plaintes de cygne expirant. Ahl c'est qu'il est un proscrit, une colombe échappée au vautour nocturne d'Avignon, une âme dérobée à travers le feu, aux bûchers du Languedoc. Tout mystère disparaît, lorsqu'au lieu du pédantesque Gerson, du barbare Akempis, ou de tout autre scolastique impossible, on trouve un disciple de Joan d'Oliva, le cœur débordant de la douleur immense du Midi. Car ce moine est méridional ; le livre vient des pays albigeois; et s'il a été 6crit en latin, ce qui est douteux, il a été, ce qui est certain, pensé en roman *. Le plus ancien exemplaire provient de l'abbaye limousine de Grandmont, et c'est un prince de la maison d'Armagnac qui en ordonne la première traduction française. Si l'auteur se nomme, comme on Ta prétendu *, Joan de Cabanac, il peut être du comté de Foix ou du vicomte de Garcassonne. Nous inclinerions pour la noble terre des derniers consuls martyrs. Mais tenant Cabanac pour un simple copiste, nous signalerions comme le véritable auteur le dernier des Trencabel, retenu, ainsi que ses trésors, au moment de s'exiler en Orient, et renfermé par l'avare et jaloux despotisme du roi de France, dans l'abbaye

1. Son latin renferme des ga^coaismes : Nulla res mundi, res del monn. . >

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