LIVRE QUINZIÈME
vivaient le catharisme agonisant. C'est pour l'étouffer dans ses vieux foyers que Jean XXII venait de créer cette multitude d'évêchés. Ainsi Limons, tout sanglant encore du martyre de ses magnanimes consuls. Saint-Papoul dominait le Lauragais insoumis; Rieux, les vallées de l'Arise et de la Lèze, pleines de crouzets irrités. Mirepois tenait en échec les débris du Thabor, et Pamiers les proscrits des montagnes de Foix et des cimes de Cerdagne*.
Donc, au milieu du catharisme mitigé de Narbonne, se maintenait toujours le catharisme primitif de Toulouse et de Montségur. Mais il ne comptait plus dans ses rangs les races chevaleresques. L'Eglise du Paraclet n'avait été dans leur esprit qu'un moyen de secouer le double joug théocratique et royal. Mais accablées par l'épée de la France et la crosse de Rome et à demi dévorées par l'inquisition, elles consentaient enfin, bien qu'à contre-cœur, à rester catholiques et françaises. Le peuple seul, plus croyant, plus indépendant par son indigence même et plus insaisissable dans ses rochers et ses bois, demeurait albigeois surtout dans les montagnes. Les chevaliers pyrénéens n'escortaient plus la nuit les parfaits errants, ou ne les recueillaient plus dans leurs manoirs. Les parfaits n'avaient d'autres abris que les cabanes des pâtres et les antres des bêtes fauves. Ces ministres ne sont plus nobles comme autrefois, mais bourgeois et plébéiens. Le peuple fournit au Paraclet ses .derniers martyrs. Les sei-