‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 84 sur 922 · Raynald · texte numérisé non relu

Raynald

Sur ces entrefaites arrive à Paris Tabbé de Grandselve. Il vient du camp des croisés ; il vient rendre compte des combats et des ravages du Midi. Chose singulière, les victoires des comtes avaient ébranlé Blanche, le légat, le pape ; les ravages d'Humbert ont découragé les chefs méridionaux. Des deux côtés, à rinsu les uns des autres, on éprouve une lassitude, le besoin du repos. Le pape, selon le désir de la reine, proroge la nonciature de Romain; mais il ordonne au légat de conclure la paix avec le comte de Toulouse. Eh quoi ! Rome qui depuis vingt ans pousse à l'extermination, Grégoire qui tout récemment encore ravivait la guerre, désirent maintenant la paix! Vont-iïs transiger avec les Albigeois? Non ; mais où la violence a échoué va s'exercer la diplomatie ; à la stratégie va succéder le stratagème. Blanche renvoie l'abbé de Grandselve avec des propositions de paix pour Ramon VII.

Depuis les dévastations de la plaine de Toulouse et de la vallée de l'Ariége, le prince se voyait abandonné de ses meilleurs chevaliers. La plus éclatante de ces défections fut celle des deux illustres frères Olivier et Bernard de Termes \ Ils se rendirent à Narbonne (21 nov.) et là, en présence du sénéchal Humbert, et de plusieurs autres chefs croisés et des abbés de la Grasse et de Fontfrède, remirent leur château de Termes au maréchal Gui de Lé vis, représentant du roi de France, et à Pierre- Amiel, archevêque de Narbonne et à Clari, évêque de Carcassonne, représentants de l'Église romaine.

1, Hist. duLang. V, pr. 144.

Un aventurier français nommé Robert Sans- Avoir fut nommé châtelain de la célèbre forteresse dominatrice des Corbières, de cette branche de montagne qui se détache de la grande chaîne à Quérigut et va tomber à Leucate dans la mer, enfermant dans sa bifurcation la petite Espagne du Roussillon. Termes que les Romains, fondateurs de ce castrum antique, appelaient Fines, gardera la cordillère du Bugarach, qui sera pendant quatre siècles la limite de la France jusqu'au jour où Richelieu, par la conquête de Perpignan, la reculera jusqu'au Canigou, et à la frontière définitive de l'Espagne *. Quelques jours après, le comte de Toulouse était à Bazièges, sol illustré par une bataille. C'est dans ces plaines qu'entouré du vieux comte Ramon- Roger, et de ses deux fils, Bernard et Loup de Foix, le jeune Ramon VII, pareil à un léopard et à un lion, ^ déchira et dispersa, comme un troupeau, un ost considérable de croisés. Eh bien, ce champ de victoire glorieux va devenir le terrain sinistre d'un piège diplomatique et de l'irréparable défaite. Ramon voit arriver dans son camp l'abbé de Grandselve. Ce vieux cénobite venait de Paris ; il venait de la part de la reine Blanche, du légat Romain de Saint-Ange, de Foulques, évêque de Toulouse ; la reine, le légat, l'évêque désirent la paix. Ce prélat troubadour que les Albigeois appelaient l'Évéque des diables, l'inventeur des ravages du Midi, suivait de son regard d'épervier ks

Page 1