LIVRE QUINZIÈME
chevaleresque venant d'Espagne et du pays des Maures, mais plus de poésie. L'inspiration est éteinte, et Froissart est l'Hérodote de son siècle. La poésie, voix chantante d'un peuple, était morte avec le génie national. Phébus chantait de vieilles ballades dont il ne comprend plus le sens symbolique. « Ces montagnes qui sont si hautes m'empêchent de voir où sont mes amours. Mais leurs cimes s'abaisseront sous mes pas, et mes amours se rapprocheront! Paissez, paissez, ô brebisM »G'est vers une dame catalane ou aragonaise que Phébus, prince pastoral, envoie ce chant bucolique du haut des tours d'Orthez ou de Foix. Il ne célèbre pas, comme Cavalcanti, la, Dame de Toulouse, qui ne pouvait être réfugiée en Espagne, et qui s'éteignait même en Italie. Amour n'a plus, dans sa bouche, le sens mystique, le sens religieux, patriotique et vengeur, qu'il avait sur les lèvres de Dante. Ge n'est qu'un amour vulgaire, une profane et mondaine volupté, mais sur un mode délicat et légèrement mélancolique, que Phébus chante sur sa mandoline cantabre.
/ Le monde d'amour, avec sa religion, sa chevaaerie, sa poésie, ses tribunaux, ses cours ; ce monde, platonique et romanesque, s'est évanoui comme un rêve. Déjà vers l'an 1300, Amanieu des Escas chante l'art d'aimer féodal. Il est l'Ovide des châteaux*. Mentor chevaleresque, d'un ton paternel il enseigne aux jeunes damolselles les règles de la po-