Millot, Troubadours
litesse. Il professe la scolastique de la courtoisie : « Tressez vos cheveux, taillez vos ongles, brossez vos dents! » La poésie, qui deux siècles auparavant légiférait magnifiquement en amour, est descendue jusqu'à donner des leçons de propreté. De Tharmonieux Bernard de Ventadour, du tendre Arnauld de Marveil elle est tombée à l'honnête mais puéril Amanieu. La langue classique des troubadours, la langue poétique parlée des Alpes à TOcéan, et de la Loire jusqu'à l'Ebre et leTage, s'éteint avec le souffle même de la poésie :1e rhythme se perd, le chant meurt. L'épopée de Guilhem, le troubadour de Foix, est traduite des vers en prose, et de la langue poétique dans le dialecte vulgaire, et bientôt chronique et poëme, tout tombe en oubli.
En 1323, sept citoyens de Toulouse, dans l'espoir de ranimer la poésie mourante, adressèrent un appel aux chanteurs de la langue romane. « La trèssage compagnie des sept poètes de Toulouse, aux honorables seigneurs, amis et compagnons, qui possèdent la science d'où naît la joie, le plaisir, le bon sens, le mérite et la politesse, salut et vie joyeuse I Si personne ne cultivait la poésie, ce bel art mourrait et le plaisir avec lui. C'est pourquoi nous sept qui avons succédé aux poètes des temps passés, nous avons à notre disposition un jardin merveilleux et beau où nous allons tous les dimanches lire des oeuvres nouvelles. Nous vous faisons savoir que, s'il plaît à Dieu, nous serons dans ce verger charmant le premier du mois de mai. L'auteur du meilleur poëme nouveau recevra, pour marque d'honneur, une violette d'or fin. Venez-y