‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 895 sur 922 · Florus, IV · texte numérisé non relu

Florus, IV

2. Morenci n'est probablement qu'un abrégé de Montmo'renci, nom d'un chef de la croisade.

lU.

tacrne un troupeau de porcs noirs, nous offrit à l'instant même le plus magnifique type oriental. Jamais teint plus Almohade, ni face plus Almoravide. La figure de ce porcher était digne d'un calife Mais, par qui furent expulsés les Sarrasins? Sous le château, près du village, est un monticule nommé le Carolet. Sur Vautre versant des Pyrénées, dans l'Andorre, est le val de Carol. Quel est ce Charles? Est-ce Charles Martel? Est-ce Charlemagne ? Est-ce un descendant du César franc? Est-ce dans les guerres des Francs et des Arabes que fut détruit le Castellum romain avec les ruines duquel fut construite la forteresse catharéenne?

Qu'importe au fond, et pourquoi nous arrêter à des conjectures historiquement insolubles ? Vers le milieu du col le pâtre s'arrêta : « Cette pelouse, nous dit-il, s'appelle le pré de l'église (lou prat de la gleyso) et celle-ci le vieux cimetière (lou bieil . cementéri). Nous y venons faire des processions en automne, et l'on n'a qu'à creuser sous l'herbe pour trouver des ossements humains. » Le guide avait raison. C'est là qu'après la croisade fut rebâtie l'église, au centre de son cimetièçe, au pied de la rampe du château, pour que de son rocher le capitaine pût surveiller les vivants et les morts ; cette église subsista jusqu'au xv;« siècle. Le protestantisme fit son apparition dans ce vallon avec le baron •d'Audou, châtelain de Montségur et seigneur de Bélestar. Le terrible Claude de Lévis dut détruire cette église fondée par son aïeul. Mais après sa mort, elle fut reportée au centre du village 0(1 elle était avant la croisade et ofi nous venons de la von\

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Au temps du siège, cette pelouse devait donc être déserte comme aujourd'hui. L'ennemi dut s'établir sur les hauteurs do l'ouest. « Ici, me dit le c^uide surl'^/re de l'Espagnol. Cet emplacement s'appelle encore le Cam/;. » — «Alors, repris-je, cette gorge et les rampes latérales sont le champ de bataille.°Descendant des deux cimes opposées, les deux ost se rencontraient comme deux torrents dans la vallée et cette pelouse où se jouent ces jeunes taureaux est l'arène retentissante où se heurtèrent les guerriers et où se passèrent les scènes variées et^anglantes dont nous admirons les tableaux chevaleresques dans l'épopée du Tasse. C'est ici que fut construite la tour roulante de Montségur. Elle ne pouvait l'être que là, ou sur l'esplanade supérieure de l'Abès. Mais de ce dernier point elle eût eu i franchir le col du Tremblement sous le feu grégeois du donjon. C'est donc sur ce pré que la tou^r de bois fut mise sur son chariot, et que le vaillant Alzeu de Massabrac fut blessé en tachant d'incendier la terrible Gossa (chienne) qui devait dévorer Montségur*.

La montagne s'élève en ondulant de l'est à l'ouestsa cime s'élargît en tête d'éléphant. C'est sur son plateau qu'est obliquement posée la forteresse. Ce plateau, escarpé de toutes parts, serait absolument inaccessible,si versle sud ouest, le rocher ne s'abais-

1. Les Massabrac d'aujourd'hui s'appellent Faure et habitent Pamitrs. Leur généalogie, peu correcte, remonte jusqu'en UOO. Ils en ont retranché l'albigisme et le calvinisme, c'est-à-dire l'antiquité, le patriotisme et la gloire chevaleresque.

I3Ô LES ALBIGEOiS ET UINQUISITIOX

sait en talus rapide vers le col supérieur. Arrivés au pied de ce talus, à un demi-kilomètre des ruines, nous abordâmes de front la montagne du château. Nul sentier que celui des troupeaux qui viennent y brouter des tiges de fougère et des rejets de hôtre *. Le cbemin primitif est presque effacé ; des vestiges attestent pourtant encore qu'il était construit en maçonnerie ou taillé dans le roc. Nous allions gravir en un quart d'heure la rampe abrupte que mit six mois à escalader la tour mobile. Cette lente ascension prouve et la raideur de la roche et racharnement du combat. C'est au bas de ce talus que tomba Jordan du Mas-Sant-Andréo, dit le Vieux, chevalier presque centenaire. Le chemin fait d'abord un long repli vers le nord, puis revient au sud, puis monte directement, rétrécissant de plus en plus ses zigzags comme des lacets sur la poitrine d'une femme, dont le ressaut du rocher imite en cet endroit les formes surplombantes et les renflements latéraux pareils à des mamelles. Le sentier oblique qui les divise, fut évidemment tranché par le pic, et son abord était défendu par une barbacane avancée, ou tour demi-circulaire. Cette tour, qu'un corridor crénelé et percé d'archères reliait au château, formait comme la trompe allongée de l'éléphant de pierre. C'est au pied de cette barbacane qu'il défendait contre l'horrible Gossa que fut tué Jordanet du Mas Sant-Andréo, le héros et le martyr adolescent. La forteresse mutilée a perdu cette défense, et le sol penchant n'offre plus

1 La bêche eutame ce gazon naguère inviolé.

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