‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 897 sur 922 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

mètres, large de vingt, haut de dix jusqu'à la base des créneaux, et l'épaisseur des murs, d'environ deux mètres, rétrécit encore ce champ d'un courage immense et d'un héroïsme immortel. Au milieu de la façade s'ouvre une porte d'environ quatre mètres de hauteur, et c'est de ce côté l'unique ouverture si l'on ne compte pas deux archères ou, pour mieux dire, deux lucarnes, percées sous les créneaux encore debout dans la partie du nord qui formait le donjon. L'édifice est construit avec un calcaire brun, arraché de la cime même, et qui donne à ses murs la teinte du plomb et la dureté de l'airain. Cette couleur ferrugineuse assombrit les montagnes environnantes dont la plus haute crête a reçu le nom de Montferrier.Le paysage est en deuil et sa tristesse s'accroît encore de la verdure funèbre des buis, des ifs éplorés, et de la grande attitude mélancolique des sapins. De sorte que le vieux manoir s'élève dans son site lugubre comme l'urne ou plutôt le mausolée dévasté d'un clan pyrénéen. Le temps, l'ouragan, la bataille qui envahit tumultueusement sa plate-forme en ont défoncé la voûte et lancé dans les ravins une partie de ses créneaux. Le pic du montagnard, comme le dard d'un insecte, s'eff'orce encore parfois d'en arracher quelques pierres. Mais voilà tout; le temps, en somme, respecte sa masse vénérable, et la décore même, non de lierres, de giroflées et de cette végétation saxatile dont il revêt les vieux manoirs gothiques, mais en conservant sa nudité vierge plus belle que les fleurs. A ses murs frissonnaient seulement quelques fibres d'alizier à la feuille si élé-

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gamment découpée, et une églantine d'automne attardée dont le cœur de miel contrastait avec ses pétales d'un rouge sombre. Nous la cueillîmes, et notre compagne d'ascension reçut, en récompense de sa bravoure, cette rose d'une délicatesse charmante et funèbre.

« Salut, m'écriai-je en sanglotant, porte sainte, maison des Purs, demeure des Parfaits, sanctuaire de l'Évangile et de la Patrie romane I » Et, tombant à genoux, je collai mes lèvres sur ce seuil foulé par les pieds de tant de héros et de martyrs.— « Je n'oublie pas leurs erreurs, dis je à mes compagnons un peu surpris de la ferveur de mon hommage filial. Ils s'égarèrent, mais au-dessus de rÉvangile et de l'humanité. Ils se perdirent, mais dans la lumière et l'idéal. Ils firent naufrage, mais dans le ciel. Et nous sommes échoués dans un cloaque I » — Cette porte de pierre, où tant d'hommes, tant d'années et de tribulations ont passé, semble encore toute neuve. L'arc en est légèrement ogival : nulle trace de verrous, de pitons, de gonds, ni de herse. Nous entrâmes, comme à la suite du cortège cathare, et nous nous trouvâmes dans une salle spacieuse. La voûte, dont l'ogive est encore visible sur les murs d'appui, forme aujourd'hui de ses décombres le sol d'où le pic du montagnard a naguère déterré un squelette humain, des monnaies féodales, et un vase de cuivre d'une forme élégante et gothique*. Nul vestige de compartiment, si ce n'est à l'angle in-

i. Ce vase sert au culte dans Téglise de Montségur.

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