ÉPILOGUE
tagnes semblables à des vagues, et tigrés par les noirs sapins de la forêt de Bélestar. Le torrent albigeois, après avoir baigné Léran, Mirepois, Mazères, se perd dans l'Ariége, au-dessous de Bolbone, né* cropole des comtes de Foix. Symbole du catharisme, il sort d'un gouffre et finit près d'un sépulcre. Le plus brillant soleil éclairait cette scène alpestre ; il enflammait les neiges vierges des Pyrénées et 'les vapeurs des collines fumantes comme des trépieds
, autour de Montségur, semblable lui-môme à un immense catafalque. Ces nuées éclatantes entou-
. raient comme d'une gloire ce sépulcre de la patrie romane. Et nous, enfants des héros et des martyrs, nous étions venus sur cette cime pour évoquer la mémoire funèbre d'un peuple encore inconsolé.
Montségur, me dirent mes compagnons, est le site sacré où devrait être racontée l'épopée catharéenne. — Oui, répondis-je, mais le temps manque à nos récits. Voici trois heures que nous explorons ces ruines. Quand nous sommes arrivés, le soleil reposait verticalement sur le pic de Bidorte, et l'ombre des sapins de la montagne tombait perpendiculairement vers l'Ers. Et maintenant leur silhouette démesurément allongée oblique vers Bélestar, et le soleil insensiblement décline vers les gouffres fatidiques du Thabor. Nous n'avons le temps que d'indiquer rapidement les événements relatifs à Montségur.
De cette cime pyrénéenne, le sacerdoce albigeois entendit coup sur coup retentir à l'horizon la chute des villes romanes : le massacre de Béziers;
lit
la soumission hâtive de Narbonne, la prise de Carcassonne et la mort de son héroïque vicomte. Quelques jours auparavant, arrivait au galop, dans la vallée de Lavelanet, une femme, suivie de quelques serviteurs à cheval, qui vint reprendre haleine à Montségur. C'était Agnès de Montpellier*, la jeune vicomtesse de Carcassonne, qui, dans la prévision des malheurs de sa maison, emportait son fils unique, suspendu à sa mamelle, dans les tours inexpugnables et sous l'invincible épée du comte de Foix. Montségur vit arriver tour à tour les peuples éperdus de Carcassonne, de Montréal, de Fanjaus, de Mirepois, fugitifs devant Simon de Montfort. Le chef de la croisade, conduit par Fabbé de Saint-Antonin, se porta sur Pamiers, et ce n'est que deux ans après qu'Enguerrand de Boves,unde ses lieutenants, auquel il avait inféodé Saverdun, vint avec des évêques assiéger Montségur. Mais ils furent repoussés par Ramon de Perelha et* les seigneurs dépossédés de Saverdun, de Mirepois et de Lavelanet. Montségur ne put bientôt plus contenir tous les fugitifs et les expoliés de la croisade. Guilhabert de Castres se mit à la tête d'une nouvelle colonie de proscrits. Parles gouffres du Thabor, elle gagna la vallée de FAriége, et par le port de Salao, elle arriva dans la conque de Pa- Ihars. Ermessinde, vicomtesse de Foix, la recueillit sur ses terres et dans son manoir de Castelbon. Un nouveau Montségur, laïque et chevaleresque,
1. Sœur de l'aïeul de Délicios, branche bâtarde des Guilhem, comtes de Montpellier,