ÉPILOGUE
• se fonda sur les bords de la Noguéra, derrière les Pyrénées. Après la bataille de Muret, qui mit à ses pieds tout le Midi, Montfort vint en personne assiéger Montségur qui le bravait insolemment dans les nuées. Le terrible chef de la croisade fut vaincu comme son lieutenant, et le comte de Foix put affirmer, au concile de Latran, que Montségur, inexpugnable dans le ciel, défiait le Vatican. Quelques mois après, de Montségur et de Castelbon, les deux champs d'asile pyrénéens, les princes proscrits descendirent impétueusement, reprirent Toulouse, tuèrent Montfort, chassèrent les croisés et ramenèrent les exilés dans leurs châteaux. Le sacerdoce albigeois quitta Montségur et, se mêlant pacifiquement aux batailles, contribua beaucoup à la délivrance et au triomphe du Midi. Mais le roi de France, héritier des Montfort, mit sa griff'e de lion sur les terres romanes épuisées par vingt ans de guerre, et la conquête fut irrémédiablement fixée par le traité de Paris. L'inquisition dévora les restes échappés à la croisade. Le sacerdoce cathare, à la tête des fugitifs, expulsés de nouveau de leurs manoirs, regagna une seconde fois Fasile de Montségur. Les chevaliers proscrits guerroyèrent encore près de quinze ans contre le roi de France et le pape de Rome ; ils massacrèrent les inquisiteurs à Avignonet et secondèrent Fattaque de Carcassonne par le jeune vicomte revenu d'Espagne. Le comte de Toulouse, par ordre de son vainqueur, vint faire le blocus de Montségur. Puis, le sénéchal de Carcassonne, le maréchal de Mirepois et Farchevêque
de Narbonne montèrent contre la forteresse cathare m.
If
|[!0 LESIALBIGEOIS ET L'INQUISITION
et là prirent dans la 'semaine des Rameauï (1244), trente-cinq ans après la première hégire du sacerdoce johannite sur les cimes du Thabor. Montségur fut démantelé, ses chevaliers mis aux ferft, ses érêqueS brûlés dans un bûcher colossal, et ses mort§ èlhumés et jetés aux chiens et atix vautours. L'inquisition n'est peut-être jamais montée à Montségur, mais il est certain que les chasseurs du comte [GuUhelmus et Bemardus venatores) sont venus de Lavélanet, avec leurs meutes, traquer la proie humaine, le gibier cathare, et capturer les pèlerins qui venaient pleurer sur les ruines du sanctuaire pyrénéen. )> — Pendant que j'ébauchais à grands traits l'histoire de Montdégur, une couple de vautours sortit de la forêt de Bélestar, traversa l'Ers au-dessus de là barbacane du sud, et remontant vers le château, plana ^nr nous et sur les ruines, décrivant de larges cercles menaçants, et poussant des glapiâsementâ sinistres. Leurs ailes noires, leur ventre blanc, leur col nu, leur crâne chauve, leur front aplati, leur bec recourbé, leur mine basse et féroce, nous rappelèrent des inquisiteurs dominicains. On eût dit les génies farouches de ces moines de proie et de sépulcre. Puis ils se perdirent, au couchant, vêts le Montferrier, où probablement était leur nid, car le soir approchait et le soleil descendait lentement derrière les gouffres fatidiques du Thabor, ces vieilles piscines héliaques.
Nous nous levâmes, et, revenus sur le balcon oHental, nous cherchâmes longtemps du regard si te mur ne conservait pas encore quelque trace d'escalade, quelque stigmate de l'attaque nocturne